623 millions de dollars. C’est ce que verse Ottawa en « remises carbone » à des PME du pays. Mais pas un sou pour le Québec. Pas une cenne pour nos ateliers, nos maraîchers, nos petits producteurs asphyxiés par l’inflation verte. On s’en étouffe — littéralement. Derrière les grandes promesses climat du gouvernement Trudeau, on retrouve les mêmes déséquilibres : prioriser les provinces gorgées de pétrole et marginaliser celles qui ont déjà osé investir autrement. Le Québec, qui paie depuis des années pour sa décarbonation via une taxe carbone plus élevée, est aujourd’hui puni pour son avance. Cynique ? Non. Calculé.
Ce qu’on appelle aujourd’hui « fédéralisme coopératif » ressemble de plus en plus à une forme de chantage institutionnel. Ottawa siphonne la légitimité de ses politiques climatiques pour financer les provinces polluantes, pendant qu’il refuse de reconnaître les efforts concrets du Québec. C’est comme si on laissait tomber celui qui a commencé à nager, pour donner des bouées dorées à ceux qui refusent de quitter la plage. Ce n’est pas seulement injuste, c’est écologiquement suicidaire. Et pendant ce temps, nos PME ferment, étranglées par des coûts qu’elles ne peuvent pas refiler à personne.
À Longueuil, une propriétaire de café écologique me dit : « Ils nous parlent de transition, mais ils nous laissent gérer l’urgence avec des étagères vides. Le fédéral ne remet rien à ceux qui ont déjà changé. » Ce modèle punitif crée un précédent dangereux : on récompense l’inaction, on pénalise les choix éthiques. Dans un monde où le temps file avec la fonte des glaces, peut-on vraiment se payer le luxe d’un fédéralisme aussi bancal ? La vérité, c’est que la soi-disant neutralité des politiques fédérales est biaisée, orientée, politisée. Elle renforce la rente pétrolière, elle étouffe les îlots résilients.
Il y a urgence de décoloniser l’écologie canadienne. De penser un modèle de transition énergétique qui cesse de voir l’économie verte comme un privilège des puissants. Le Québec doit pouvoir se battre avec les mêmes armes que l’Alberta, sans devoir mendier pour recevoir sa part. Il faut sortir du réflexe paternaliste d’un État central qui parle d’unité tout en reproduisant l’injustice régionale. Tant que les leviers financiers seront tenus par ceux qui refusent de décroître, toute transition est compromise. L’écologie sans équité, c’est du greenwashing avec des accents coloniaux.
Rappelons-nous : écologie rime avec démocratie, ou elle n’est qu’un vernis. Les PME québécoises sont en première ligne de la transition, pas en bout de ligne de la charité institutionnelle. Ce système est pourri de l’intérieur — il exclut, il divise, il ralentit ce qui devrait être une course collective. Il est temps d’arracher le masque à ce fédéralisme à deux vitesses. La transition n’appartient pas aux riches. Elle commence dans chaque ruelle, chaque ferme locale, chaque atelier qui résiste. Exigeons un pacte climatique qui reconnait ceux qui font déjà le boulot. Le reste n’est que poudre aux yeux et gaz dans l’atmosphère.





