TariqBenSalem_2026-06-25_londres_livre_ses_rues_aux_robotaxis

Robotaxis à Londres : le choc social dénoncé par Tariq Ben Salem

Londres vient d’autoriser Waymo, la filiale de Google spécialisée dans les véhicules autonomes, à tester ses robotaxis dans les rues de la capitale britannique. Derrière l’enthousiasme technologique se cache une réalité brutale : des milliers de chauffeurs de taxi noirs emblématiques et de conducteurs Uber risquent de perdre leur gagne-pain au profit d’algorithmes californiens. Cette disruption, présentée comme inévitable par les géants de la tech, reproduit un schéma désormais familier — privatiser les profits, socialiser les pertes, et laisser les travailleurs se débrouiller avec les miettes d’un futur qu’on ne leur a jamais demandé de choisir.

Les défenseurs des robotaxis promettent plus de sécurité, moins de congestion, une mobilité fluide et écologique. Mais personne ne parle ouvertement de qui contrôlera les données massives générées par ces véhicules : trajets, horaires, préférences, habitudes de vie. Ces informations valent de l’or pour cibler la publicité, planifier l’immobilier ou même anticiper les mouvements de population. Pendant ce temps, les chauffeurs londoniens, dont beaucoup sont issus de l’immigration et dépendent de revenus précaires, se voient proposer une seule option : se recycler dans des emplois mal payés ou disparaître en silence.

Ce scénario n’est pas nouveau. On l’a vu avec Uber qui a détruit les conventions collectives du taxi traditionnel tout en enrichissant une poignée d’actionnaires. On l’a vu avec Amazon qui a vidé les centres-villes de leurs commerces pour concentrer les bénéfices dans des entrepôts automatisés. La promesse était toujours la même : modernité, efficacité, liberté. Le résultat aussi : précarité accrue, surveillance renforcée, inégalités creusées. Les robotaxis s’inscrivent dans cette logique où l’innovation technologique devient un cheval de Troie pour détricoter les protections sociales et concentrer le pouvoir économique.

Ailleurs dans le monde, certaines villes tentent de résister ou d’encadrer ces expérimentations. San Francisco a imposé des limites strictes au nombre de robotaxis après une série d’incidents et de blocages urbains. Paris réfléchit à des licences conditionnelles qui imposeraient aux opéreurs de financer la reconversion des travailleurs évincés. Mais à Londres, comme souvent dans les économies anglo-saxonnes, c’est le laisser-faire qui domine. Le gouvernement britannique, empêtré dans sa quête de « croissance », semble prêt à tout accepter pourvu que ça vienne avec un logo Silicon Valley et une levée de fonds impressionnante.

La bataille autour des robotaxis est éminemment politique. Elle pose une question simple : pour qui construisons-nous la ville de demain ? Si nous laissons Waymo, Tesla ou d’autres décider seuls, nous aurons des rues sans chauffeurs, des profits offshore, et des travailleurs abandonnés. Mais si nous exigeons des régulations strictes, des quotas d’emploi, un partage des revenus, et une transparence totale sur l’usage des données, alors peut-être que cette technologie pourra servir le bien commun. Pour l’instant, ce débat n’a même pas lieu. Et c’est précisément là que réside le danger.

PARTAGER CET ARTICLE

COMMENT NOUS SUPPORTER ?

Abonnez-vous à notre Patreon.