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Routes dégradées : l’austérité tue sur nos routes

Chaque nid-de-poule est une décision politique. Chaque fissure dans l’asphalte raconte l’histoire d’un gouvernement qui a choisi de ne pas investir, de ne pas protéger, de laisser pourrir. Et quand un motocycliste perd le contrôle sur une chaussée défoncée, quand un camionneur se retrouve à l’hôpital après avoir percuté un cratère invisible dans la nuit, on nous sert le discours habituel : accident regrettable, drame individuel, fatalité. Mensonge. Ces morts et ces blessés ne sont pas des accidents — ce sont des meurtres bureaucratiques, des sacrifices consentis sur l’autel de l’austérité. L’état catastrophique de nos routes n’est pas un problème technique à résoudre un jour peut-être : c’est une violence d’État exercée quotidiennement contre celles et ceux qui n’ont pas le choix d’emprunter ces infrastructures délabrées.

Pour les familles ouvrières, les travailleurs précaires, les résidents des régions éloignées, l’équation est simple et brutale : rouler ou crever. Pas de métro dans leur coin, pas de télétravail possible quand on œuvre en usine ou sur les chantiers. Alors on prend la route, celle qu’on nous laisse, truffée de dangers évitables. Et le prix à payer est vertigineux : réparations automobiles qui grugent le budget d’épicerie, suspensions bousillées qui coûtent une semaine de salaire, primes d’assurance qui explosent, journées de travail perdues parce qu’on s’est fait mal au dos en évitant un trou. Sans compter l’usure psychologique, cette tension permanente au volant, ce sentiment d’abandon territorial qui vous ronge kilomètre après kilomètre. Pendant ce temps, ceux qui ont les moyens s’achètent des VUS blindés ou contournent les zones sacrifiées. La logique de classe inscrite dans le bitume : les riches roulent en sécurité, les autres esquivent la mort.

L’argument budgétaire est leur refuge favori. « On n’a pas l’argent », répètent-ils en chœur, ces gestionnaires de la pénurie organisée. Pourtant, les milliards trouvent miraculeusement leur chemin vers les subventions aux pétrolières, les tunnels pour automobiles, les mégaprojets prestige. L’entretien des routes existantes ? Ça, c’est secondaire, invisible, ingrat électoralement. Alors on laisse pourrir, année après année, gel après dégel, jusqu’à ce que l’infrastructure devienne si dangereuse qu’on ne peut plus l’ignorer — et même là, on rafistole au minimum, on repousse, on fait semblant. Cette négligence systématique n’est pas un accident de gestion : c’est une politique délibérée qui considère certaines vies, certains territoires, certaines classes sociales comme moins prioritaires. Moins rentables. Moins importantes.

Les témoignages affluent des régions oubliées : camionneurs qui dénoncent les routes-pièges, motocyclistes qui cartographient les zones dangereuses entre eux, résidents qui voient leur village mourir à petit feu parce que plus personne n’ose s’y rendre. « On nous a abandonnés », disent-ils. Et ils ont raison. L’abandon territorial n’est pas une métaphore : c’est une réalité mesurable en décès évitables, en corps brisés, en factures impayables. Pendant que nos dirigeants discourent sur la « relance économique » et la « croissance », des gens ordinaires paient de leur chair et de leur porte-monnaie le refus politique d’entretenir les infrastructures de base. Il n’y a rien de naturel ni d’inévitable là-dedans : c’est un choix, conscient, assumé, cynique.

L’entretien du territoire n’est pas une dépense — c’est un investissement dans la protection collective, dans la dignité de toutes et tous, dans l’égalité réelle devant le risque et la mobilité. Une société qui laisse ses routes se dégrader au point de tuer, c’est une société qui a renoncé à son devoir le plus fondamental : protéger ses membres. Nous devons exiger des comptes, arracher l’argent là où il dort (dans les paradis fiscaux, dans les profits obscènes des entreprises extractives), et reconstruire nos infrastructures comme acte de justice sociale. Parce qu’au bout du compte, chaque dollar qu’on refuse d’investir aujourd’hui dans nos routes, on le paiera demain en vies brisées. Et ça, c’est un choix politique qu’on devrait collectivement refuser de tolérer.

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