On vend maintenant du soulagement dentaire sur TikTok et Wish comme on vend des t-shirts à trois dollars. Des kits de blanchiment « miraculeux », des aligneurs dentaires imprimés en série, des gels anesthésiants sans ingrédients listés : l’arsenal du désespoir pour celles et ceux qui n’ont pas 200$ à claquer chez le dentiste. Parce que oui, c’est ça la vraie histoire : quand ton salaire minimum te permet à peine de manger, tu cliques sur la pub qui te promet un sourire de star pour le prix d’un Big Mac. Les plateformes numériques ont compris ce calcul cynique et elles en font leur modèle d’affaires. Résultat ? Des milliers de Québécois.es se retrouvent avec des produits non homologués, potentiellement toxiques, qui aggravent leurs problèmes plutôt que de les régler.
Ce n’est pas un hasard si ces pubs ultra-ciblées apparaissent surtout dans les fils d’actualité des quartiers populaires, des jeunes précaires, des travailleur.euses autonomes sans assurance. Les algorithmes savent très bien qui cherche une solution rapide et pas chère. Ils savent qui n’a pas accès aux cliniques dentaires universitaires surchargées, qui attend six mois pour un rendez-vous d’urgence, qui hésite entre payer le loyer ou soigner une carie. Cette exploitation algorithmique de la misère sociale, c’est du capitalisme de surveillance appliqué à la santé publique. On ne vend pas juste un produit douteux : on vend l’illusion d’autonomie à des gens systématiquement exclus des soins de base.
Les risques ? Ils sont réels et documentés. Brûlures chimiques des gencives, érosion irréversible de l’émail, infections non traitées qui se propagent, déplacements dentaires dangereux causés par des appareils mal ajustés. Santé Canada émet des avertissements sporadiques, mais la surveillance en ligne reste largement théorique. Les vendeurs changent de nom, de plateforme, de pays d’expédition plus vite que les autorités ne peuvent suivre. Pendant ce temps, des personnes se retrouvent aux urgences avec des complications graves, ajoutant une facture médicale à leur dette déjà insoutenable. Le « deal » s’est transformé en piège, et personne n’est là pour rembourser ou réparer les dégâts.
La logique de marché derrière tout ça est limpide : peu importe que ça fonctionne, tant que ça se vend. Les témoignages bidons pullulent, les influenceur.euses touchent leurs commissions, les publicités promettent monts et merveilles sans jamais montrer d’études cliniques. C’est le Far West néolibéral appliqué à ta bouche. Aucune obligation de prouver l’efficacité, aucune responsabilité claire en cas de préjudice, aucun recours collectif facilement accessible. Les géants du numérique encaissent leurs frais de transaction et se lavent les mains du reste. Tant que la santé reste une marchandise plutôt qu’un droit, ce genre d’arnaque continuera de proliférer.
Réguler ce chaos exigerait une volonté politique qu’on ne voit nulle part. Il faudrait forcer les plateformes à retirer systématiquement les produits non homologués, à vérifier les allégations santé avant publication, à assumer une responsabilité légale. Il faudrait surtout investir massivement dans l’accès universel aux soins dentaires, parce qu’on ne règle pas un problème structurel d’inégalité avec des amendes symboliques. Tant que se faire soigner une dent restera un luxe inaccessible pour des centaines de milliers de Québécois.es, les vendeurs de faux miracles auront un marché captif. Ce n’est pas de l’achat « malin » : c’est de l’exploitation pure et simple d’une population abandonnée par un système de santé à deux vitesses. Et ça devrait nous révolter collectivement.





