On nous répète que l’économie traverse des « incertitudes » comme si ce chaos tombait du ciel, alors qu’il est sculpté par des décennies de dérégulation, d’obsession pour la croissance et de mépris pour les limites planétaires. L’énergie flambe, les factures suffoquent, les inégalités béent comme des plaies ouvertes. Mais ce moment de vacillement révèle surtout un gouffre moral: face à la crise, les puissants exigent toujours plus de garanties pour leurs profits, pendant que les quartiers populaires comptent les centimes pour rester au chaud. Dans ce brouillard organisé, il ne reste qu’une boussole fiable: la solidarité, la vraie, celle qui ne s’achète pas en conseils d’administration.
Sur le terrain, les collectifs de voisinage, les caisses de grève, les réseaux féministes et queer, les brigades alimentaires prouvent chaque jour que la survie n’a jamais attendu l’aval du patronat. Loin des grands discours d’entreprise, ce sont ces gestes discrets, parfois épuisants, qui maintiennent debout des vies précaires. Et pourtant, les concessions politiques continuent d’aller dans le sens d’un pouvoir économique qui n’a que faire du bien commun. Ce théâtre absurde où les gouvernements cèdent sous la pression du lobbyisme patronal doit cesser. La solidarité que nous vivons, elle, ne négocie pas avec les intérêts privés: elle s’organise, elle persiste, elle protège.
Ce qui manque, ce n’est pas l’argent, mais le courage politique. Celui qui ose dire que la transition écologique ne peut pas être une opération marketing adoucie pour ne pas froisser les actionnaires. Celui qui reconnaît que sans redistribution massive, sans contrôle démocratique des ressources, sans rupture avec la dépendance aux énergies fossiles, la société va droit dans le mur — et les plus vulnérables seront les premiers écrasés. Partout, des jeunes, des travailleuses, des migrant·es le disent: on ne peut plus se contenter d’aménagements cosmétiques. Il faut choisir un camp.
Les concessions faites au patronat ne sont jamais gratuites: elles se paient en vies usées, en nuits blanches, en corps qui se brisent, en futur sacrifié. L’histoire récente nous l’a prouvé. On nous promet des « ajustements », mais ces ajustements s’abattent toujours sur les mêmes. Les milliardaires, eux, ne renoncent à rien, même lorsque la planète brûle et que les foyers sont étranglés par la hausse des coûts. Le discours dominant voudrait nous convaincre qu’il n’y a pas d’alternative. Mais si: elle existe déjà, elle émerge des luttes, elle s’écrit dans les rues, les collectifs, les occupations, les assemblées citoyennes.
Alors oui, dans cette époque où tout semble fragile, notre force est collective. Nous devons protéger les plus exposé·es, exiger une redistribution réelle, défendre nos droits sociaux comme on défend l’air qu’on respire. Nous devons écrire un futur commun qui ne sacrifie ni la justice sociale ni l’écologie, un futur où les humains comptent plus que les dividendes. Le monde d’après ne tombera pas du ciel: il se construira par nos mains, nos cris, nos solidarités tissées serré. Face à une économie qui vacille, c’est à nous de tenir la ligne — et de refuser de lâcher.





