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Train à grande fréquence : un projet vert mais inégal?

Le projet de train à grande fréquence (TGF) entre Québec et Toronto, annoncé pour accueillir plus de 70 trajets par jour, promet de révolutionner la mobilité sur le corridor le plus dense du pays. S’il tient ses promesses, ce réseau faciliterait les déplacements interurbains, réduirait fortement la dépendance à la voiture individuelle et verdirait le transport de passagers — un domaine qui compte encore pour environ 25 % des émissions canadiennes selon Environnement Canada.

Mais au-delà de l’enthousiasme, les décisions de conception actuelles soulèvent des questions fondamentales. Le recours à un partenariat public-privé (PPP) pour la gestion du projet suscite des craintes bien fondées, à la lumière de précédents comme le REM à Montréal, où la priorité donnée au rendement des investisseurs a parfois compromis l’intérêt collectif. À qui profitera réellement ce TGV? Et dans quelles conditions tarifaires, à quel coût pour l’État, et avec quels contrôles démocratiques?

Ce sont surtout les exclus du tracé qui interpellent. De nombreuses petites villes et communautés rurales, notamment dans l’Est ontarien et certaines zones du Centre-Québec, risquent d’être contournées ou abandonnées. Le virage vers des coeurs urbains efficaces ne doit pas se faire au détriment des régions, déjà victimes d’une érosion continue des services publics. Le risque est que l’amélioration du rail renforce les inégalités de mobilité plutôt que de les atténuer.

D’un point de vue économique, le coût exact n’est pas encore connu, mais on parle déjà de plusieurs dizaines de milliards. À titre de comparaison, la ligne TGV Paris-Bordeaux a coûté environ 9,5 milliards d’euros pour 302 km. Les évaluations de bénéfices environnementaux devront donc être rigoureusement quantifiées. Selon l’Agence internationale de l’énergie, le rail émet environ 14 g de CO₂/km/passager, comparé à 285 g pour l’avion et 104 g pour la voiture, mais ces chiffres dépendent grandement de la fréquentation, de la source d’électricité et de l’entretien des infrastructures.

Ce projet offre une belle occasion de transition écologique, mais celle-ci ne sera juste que si elle repose sur deux piliers : l’équité territoriale et la responsabilité publique. Investir dans la mobilité durable, oui, mais en gardant en tête que le progrès ne doit pas arriver à deux vitesses — rapide pour les centres, lente pour la périphérie. Et pour que l’empreinte carbone du rail soit réellement vertueuse, il faudra aussi que les trains roulent pleins, accessibles, et bien intégrés au reste du réseau de transport public régional.

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