Patrick Paquet, candidat du Parti conservateur du Québec dans la circonscription de Jean-Lesage, vient de lâcher un mot qui détonne dans le vocabulaire habituel de sa formation : « collaboration ». Ouvert à discuter avec le maire Bruno Marchand sur le projet de tramway, Paquet incarne un virage tactique fascinant. La droite qui crachait sur le transport collectif flaire désormais que le rapport de force a changé. Les citoyens de Québec, épuisés par les bouchons et les chaussées défoncées, ne veulent plus entendre parler d’autoroutes élargies comme seule réponse à la crise de mobilité. Ce pragmatisme soudain n’est pas de la sagesse : c’est du calcul électoral pur.
Mais soyons clairs : l’ouverture rhétorique ne vaut rien sans engagement concret. Trop souvent, la droite municipale et provinciale a joué le jeu du « oui, mais » pour gruger les projets structurants de l’intérieur. On propose des consultations sans fin, on réclame des études supplémentaires, on invoque le coût alors qu’on vient de voter des baisses d’impôt pour les mieux nantis. Si Paquet veut être pris au sérieux, il doit dire clairement : allez-vous voter les budgets? Allez-vous défendre le tracé face aux lobbys automobiles? Allez-vous résister à la tentation de saborder le tout au nom d’une idéologie anti-collectif?
Car la réalité, celle qui pue le béton fissuré et l’air vicié, c’est que Québec a besoin de ce tramway. Le réseau routier s’effondre sous le poids des décennies de sous-investissement et de l’étalement urbain sans fin. Les autobus coincés dans le trafic n’offrent plus de solution crédible pour décarboner nos déplacements. Les jeunes, les aînés, les travailleurs précaires méritent mieux qu’un système de transport conçu pour ceux qui possèdent deux chars et un garage double. Le tramway n’est pas un caprice de gauche : c’est une infrastructure de justice sociale et climatique.
Le risque, aujourd’hui, c’est la dilution. Sous la pression de forces politiques qui rêvent encore d’un Québec figé dans les années 1970, le projet pourrait être rogné, retardé, affadi jusqu’à devenir une coquille vide. On connaît la chanson : on coupe un tronçon, on retire une station dans un quartier populaire, on privatise la gestion pour satisfaire les amis du parti. Puis, dix ans plus tard, on pointe l’échec pour dire que le transport collectif « ne marche pas ». C’est ce cycle toxique qu’il faut briser, et c’est pourquoi chaque mot de Paquet doit être scruté, chaque vote compté.
Le dossier du tramway devient ainsi un test de crédibilité pour toute la droite municipale de Québec. Soit elle accepte de grandir et de reconnaître que la ville du XXIe siècle ne se bâtit pas sur l’asphalte seul, soit elle reste prisonnière de ses vieux démons extractivistes et individualistes. Les citoyens, eux, sont déjà en mouvement : ils veulent des rues vivantes, de l’air respirable, des alternatives réelles. Paquet et ses alliés ont une chance de se joindre à ce mouvement. Mais qu’ils ne s’attendent pas à des applaudissements : on jugera aux actes, pas aux déclarations de circonstance.





