On nous vend encore l’autoroute comme solution. Pendant que la planète brûle et que nos quartiers étouffent sous le smog, des élus continuent de brandir le béton routier comme étendard du progrès. Chaque nouvelle voie asphaltée, chaque échangeur élargi, c’est la même promesse creuse : fluidifier la circulation. Mais la réalité frappe dur. Plus on construit de routes, plus on attire de voitures. Plus de voitures, c’est plus de congestion, plus d’émissions, plus d’étalement urbain. C’est un cycle infernal financé par nos impôts, orchestré par des lobbys du béton et des géants de la construction qui empochent les contrats juteux. Le vrai progrès, celui qui libère plutôt que d’enfermer, ce n’est pas d’empiler les autoroutes.
Opposons clairement les deux modèles. D’un côté, la logique automobile : privatiser l’espace public, forcer chaque famille à s’endetter pour une ou deux voitures, fragmenter nos villes, polluer l’air que respirent nos enfants. Cette vision profite aux mieux nantis capables d’acheter des VUS et de payer l’essence qui monte. De l’autre, les infrastructures collectives : tramways, métros, trains de banlieue, pistes cyclables sécuritaires. Ces réseaux créent l’égalité d’accès, permettent à la jeune mère monoparentale, à l’étudiant endetté, à la personne âgée sans permis de se déplacer dignement. Le transport collectif n’est pas un luxe pour citadins bobos, c’est l’infrastructure de l’égalité réelle, celle qui émancipe plutôt que d’exclure.
Derrière chaque méga-projet autoroutier se cachent des intérêts privés puissants. Les grands contracteurs, les firmes de génie-conseil, les promoteurs immobiliers qui transformeront les terres agricoles en banlieues-dortoirs : tous ces acteurs font pression sur nos gouvernements. Ils financent des campagnes, siègent à des comités consultatifs, murmurent aux oreilles des ministres. Pendant ce temps, les groupes communautaires qui réclament des autobus plus fréquents ou des tarifs réduits doivent quêter des miettes budgétaires. L’argent public coule à flots vers l’asphalte, tandis que nos réseaux de transport collectif crient famine. Cette inégalité structurelle n’est pas un accident : c’est un choix politique qui favorise le profit privé au détriment du bien commun.
Mobilité, climat, pouvoir d’achat, justice sociale : tout est lié. Chaque dollar investi dans une autoroute, c’est un dollar de moins pour électrifier nos autobus, pour développer nos trains régionaux, pour rendre la mobilité accessible à tou·te·s. C’est aussi des tonnes de GES supplémentaires, des terres agricoles sacrifiées, des familles contraintes de vivre loin de leur travail parce que le logement abordable a disparu des centres-villes congestionnés. Penser la mobilité en silos, c’est ignorer que nos choix d’infrastructures façonnent nos vies quotidiennes. Un réseau de transport collectif dense et abordable, c’est moins de précarité, plus de temps libre, moins de stress, une ville où on respire mieux. C’est le contraire du modèle automobile qui appauvrit, isole et pollue.
Le vrai courage politique, aujourd’hui, c’est de servir les besoins du plus grand nombre plutôt que les appétits des lobbys. C’est dire non aux méga-projets autoroutiers et oui aux infrastructures qui construisent l’égalité. C’est investir massivement dans le transport collectif, le rendre gratuit ou quasi-gratuit, multiplier les lignes, raccourcir les temps d’attente. C’est protéger nos terres agricoles, densifier intelligemment nos villes, créer des quartiers où on peut vivre sans voiture. Ce courage-là fait trembler les puissants, parce qu’il redistribue le pouvoir et l’espace. Mais c’est exactement ce dont on a besoin. L’avenir n’est pas pavé d’asphalte : il se construit sur des rails, des pistes cyclables et la volonté politique de choisir l’humain avant le profit.





