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Troisième lien: 21 vautours, une facture pour tous

Vingt et une entreprises ont répondu à l’appel d’intérêt international pour le troisième lien Québec-Lévis. Le gouvernement Legault présente ce chiffre comme une validation, une preuve de sérieux, un gage de faisabilité. Mais soyons clairs : qu’une vingtaine de firmes de génie-conseil et de consortiums de construction se bousculent pour un contrat public de plusieurs milliards de dollars ne prouve qu’une chose – il y a de l’argent à faire, notre argent. Ce n’est pas un plébiscite citoyen, c’est un appel d’offres déguisé en caution morale. L’intérêt commercial n’a jamais été un argument écologique, social ou même rationnel. Ces entreprises ne construisent pas l’avenir, elles encaissent des chèques.

L’appel d’intérêt international, pour ceux qui ne maîtrisent pas le jargon bureaucratique, est une étape préliminaire où l’État sonde le marché pour savoir qui pourrait réaliser un projet d’infrastructure. Ce n’est pas un appel d’offres formel, c’est une vitrine : «Qui veut jouer dans les ligues majeures du béton?» Les 21 réponses incluent probablement des géants mondiaux du BTP, des firmes locales bien connectées, et des consortiums montés pour l’occasion. Leurs profits seront garantis par contrat, leurs risques limités, leurs marges confortables. Pendant ce temps, les contribuables assumeront les dépassements de coûts, les retards, les impacts environnementaux et l’entretien éternel d’une infrastructure qui nous enfonce dans la dépendance automobile.

Qui gagne vraiment dans cette histoire? Les firmes de génie, les entreprises de construction, les fournisseurs de matériaux, les promoteurs immobiliers qui lorgnent déjà les terrains à Lévis. Le troisième lien, c’est du développement économique à l’ancienne : extractif, polluant, étalé. C’est l’étalement urbain subventionné par l’État, c’est la promesse d’un Lévis encore plus lointain, encore plus dépendant de la voiture, encore plus fragmenté. C’est la négation du transport collectif, des pistes cyclables, de la densification intelligente. Et c’est un cadeau direct à ceux qui construisent des bungalows sur des terres agricoles et des stationnements là où il devrait y avoir des logements abordables.

Qui paie? Nous. Les citoyens de Québec et de Lévis, bien sûr, mais aussi ceux de Montréal, de Rimouski, de Val-d’Or. Parce que les milliards engloutis dans ce tunnel ou ce pont, ce sont des milliards qui ne financeront pas la réfection du métro, l’électrification des autobus, le logement social, les centres de santé de proximité. Ce sont des milliards qui hypothèquent notre marge de manœuvre climatique, alors que chaque tonne de CO₂ supplémentaire nous rapproche du point de non-retour. Le climat, lui, n’envoie pas de soumission : il envoie des factures en inondations, en canicules, en exodes. Et ces factures-là, aucune firme de génie ne les paiera.

Le troisième lien n’est pas une fatalité. C’est un choix politique, présenté comme inévitable pour mieux étouffer le débat. La CAQ mise sur l’usure, sur la lassitude démocratique, sur l’idée que «de toute façon, ça va se faire». Mais ce projet reste ce qu’il a toujours été : une erreur stratégique, un anachronisme climatique, un cadeau aux intérêts privés habillé en service public. Vingt et une entreprises intéressées? Tant mieux pour elles. Mais la question centrale demeure : à qui sert vraiment ce lien? Pas aux travailleuses qui attendent l’autobus. Pas aux jeunes qui cherchent un logement. Pas au fleuve, pas aux terres agricoles, pas à l’avenir. Juste aux bulldozers et aux comptables qui savent déjà compter leurs profits.

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