Dès la semaine prochaine, les tarifs du transport collectif dans la région métropolitaine grimperont encore. Pendant que nos élu·es se félicitent de leurs plans climatiques, iels enfoncent un peu plus les travailleurs et travailleuses précaires qui n’ont pas le luxe de choisir leur mode de transport. Cette hausse, qui frappe de plein fouet celles et ceux qui prennent le métro ou l’autobus par nécessité, révèle l’hypocrisie totale d’un système qui prétend combattre la crise climatique tout en punissant financièrement ceux et celles qui font déjà le bon choix écologique. Pendant ce temps, les automobilistes continuent de rouler sur des autoroutes élargies aux frais de l’État, sans jamais payer le véritable coût social et environnemental de leur pollution.
Le transport en commun n’est pas un service de luxe qu’on peut facturer selon les caprices budgétaires des administrations. C’est une infrastructure essentielle, vitale pour la justice sociale et la transition écologique. Chaque hausse tarifaire chasse un peu plus les usagers vers la voiture individuelle, aggravant la congestion, les émissions de GES et l’étalement urbain. On nous parle d’urgence climatique, mais on multiplie les obstacles financiers pour celles et ceux qui veulent réduire leur empreinte. Cette logique à l’envers ne sert qu’une chose : maintenir le statu quo d’un système où la mobilité reste un privilège de classe.
Pendant que le prix du passage explose, les subventions massives et invisibles accordées à l’automobile continuent de couler à flots. Stationnements gratuits ou sous-évalués, entretien routier financé par toute la population, externalisation des coûts de santé liés à la pollution atmosphérique : l’auto bénéficie d’un système de soutien public gigantesque qu’on refuse obstinément de comptabiliser. Si on appliquait la même logique tarifaire à l’automobile qu’au transport collectif, chaque trajet en char coûterait une petite fortune. Mais non, on préfère faire payer les précaires, les jeunes, les personnes racisées qui dépendent du bus pour aller travailler, étudier, survivre.
Le vrai scandale, c’est qu’on accepte cette équation tordue comme une fatalité budgétaire. Pourtant, des villes partout dans le monde expérimentent la gratuité totale ou partielle des transports collectifs, avec des résultats probants sur l’achalandage, la réduction des inégalités et les émissions. Ici, on se contente de hausses cosmétiques, justifiées par des discours technocratiques qui occultent l’essentiel : le transport est un droit, pas une marchandise. Plafonner les tarifs, financer massivement le service public par la fiscalité progressive et la taxation des plus riches et des pollueurs, c’est possible. Mais ça demande du courage politique, une denrée rare chez nos gestionnaires néolibéraux.
Il est temps d’arrêter de traiter les usagers du transport collectif comme des vaches à lait et de renverser la logique. La mobilité accessible pour toutes et tous n’est pas une utopie : c’est une condition sine qua non de la justice sociale et climatique. Nous devons exiger la fin des hausses tarifaires, un réinvestissement public massif et, oui, la gratuité des transports. Parce que tant qu’on fera payer les précaires pour se déplacer pendant qu’on subventionne l’auto, on restera coincé·es dans un système qui sacrifie l’avenir sur l’autel du profit et de l’inertie politique. Le changement ne viendra pas d’en haut : il viendra de nous, dans les rues, dans les rames de métro, partout où on refuse de courber l’échine.





