Encore une fois, Montréal est sacrifiée sur l’autel d’une démocratie qui se dit équilibrée, mais penche dangereusement à droite. Le plus récent redécoupage électoral, sous couvert de rééquilibrer la représentation « provinciale », vole à la métropole un siège de plus à l’Assemblée nationale. Dans une ville où les urnes crient diversité, solidarité et espoir d’un demain durable, cette coupe n’est pas anodine — elle est un choix politique. Une réduction de voix là où elles dérangent, là où elles appellent au changement plutôt qu’au statu quo.
Les quartiers touchés — souvent les plus denses, les plus pauvres, les plus colorés — paient le prix de leur vitalité politique. C’est dans ces rues qu’on milite, qu’on rêve à voix haute, qu’on bâtit des alliances depuis les marges. C’est là que les jeunes et les nouveaux arrivants votent pour une société plus juste. Les retrancher, c’est museler une force montante incontournable. Comme si nos démocraties ne savaient pas quoi faire avec leur propre avenir.
On nous dira que c’est la démographie, rien de personnel. Mais la démographie est elle-même politique : pourquoi certaines régions perdent-elles moins, ou gagnent-elles en influence, pendant que les grands centres urbains s’étiolent? Pourquoi les banlieues blanches grandissantes méritent-elles plus d’attention institutionnelle que les quartiers populaires de Montréal, où l’intensité des luttes témoigne pourtant de leur importance? Cette réforme, c’est un miroir tordu qui reflète un pouvoir déconnecté.
À force de délester la métropole de son poids représentatif, on altère plus que des circonscriptions : on démantèle des services, on éloigne les élu·es, on affaiblit les leviers citoyens. Moins de sièges, c’est moins d’amendements portés, moins de budgets défendus, moins de voix pour les locataires, les migrantes, les écolos, les travailleurs précaires. Chaque trait de crayon sur cette nouvelle carte est un clou de plus dans le cercueil d’une démocratie inclusive. Et pendant ce temps, la CAQ applaudit la rationalité comptable en ignorant la justice sociale.
Ce redécoupage s’inscrit dans une vague plus large de reculs démocratiques : désengagement de l’État, criminalisation des manifestations, lois antisyndicales… La carte change, mais la logique reste : restreindre la participation de celles et ceux qui contestent. Montréal, cœur battant du progressisme québécois, paie pour sa dissidence. Mais qu’on le sache : toute forêt repousse. Ce que l’élite tronçonne dans ses bureaux climatisés, la rue le replantera, pancarte à la main et voix levée.





