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Sécurité alimentaire : Ottawa saupoudre pendant que les géants s’empiffrent

Trois virgule deux milliards. Sur dix ans. Faites le calcul : 320 millions par année pour nourrir un pays où des milliers d’enfants arrivent à l’école le ventre vide, où les banques alimentaires croulent sous la demande, où des retraité·es choisissent entre leurs médicaments et un paquet de pâtes. Pendant ce temps, Loblaws et Metro engrangent des profits records, gonflés par une inflation qu’ils orchestrent plus qu’ils ne la subissent. Ottawa annonce sa « stratégie nationale de sécurité alimentaire » comme un triomphe, mais quand on gratte le vernis, on découvre une aumône dérisoire face à l’ampleur du naufrage. Les familles québécoises, elles, savent déjà que ce chèque ne couvrira même pas la hausse du prix du beurre.

Les organismes communautaires qui tiennent le système à bout de bras avec du scotch et de la solidarité accueillent l’annonce avec un mélange d’espoir épuisé et de lucidité amère. « C’est un début, mais on parle de rustines sur une digue qui s’effondre », confie une responsable de banque alimentaire montréalaise, qui a vu les files doubler depuis deux ans. Ces travailleur·euses de l’ombre distribuent des conserves et des légumes fatigués à des gens qui ont un emploi, parfois deux, mais dont le salaire ne suit plus la cadence infernale des prix. La sécurité alimentaire, ce n’est pas juste remplir des paniers : c’est reconnaître que manger est un droit, pas un privilège réservé à ceux qui peuvent se permettre les étiquettes bio du Métro.

Derrière les chiffres et les communiqués, il y a des visages. Des mères monoparentales qui jonglent avec les coupons-rabais comme des acrobates du désespoir. Des aîné·es qui sautent des repas pour payer le loyer. Des jeunes qui se gavent de nouilles instantanées parce que c’est tout ce qui rentre dans leur budget étudiant écrasé par la dette. Cette violence silencieuse, quotidienne, systémique, elle porte un nom : capitalisme de prédation. Quand les PDG des grandes chaînes empochent des millions en primes pendant que leurs client·es fouillent les poubelles, ce n’est plus de l’économie de marché, c’est du pillage légalisé. Et 3,2 milliards étalés sur une décennie, ça ne change rien à cette structure pourrie.

La dignité, parlons-en. Manger, ce n’est pas seulement survivre : c’est participer à la vie sociale, nourrir ses enfants sans honte, cuisiner avec ses proches, célébrer. C’est la santé physique et mentale, la capacité de penser, d’étudier, de travailler. Quand un gouvernement laisse des centaines de milliers de personnes dans l’insécurité alimentaire, il sabote leur santé, leur stabilité, leur avenir. Les études le montrent : la malnutrition chez les enfants détruit leurs chances scolaires, creuse les inégalités pour des générations. Cette annonce d’Ottawa, aussi bien intentionnée soit-elle, ne s’attaque pas aux racines du problème : les salaires de misère, la spéculation immobilière qui bouffe les budgets, le refus de taxer les ultrariches et de réguler les profits obscènes de l’agro-industrie.

Alors quoi faire ? Exiger un revenu de base universel. Plafonner les marges des grandes chaînes. Nationaliser la distribution alimentaire si nécessaire. Financer massivement les coopératives agricoles et les circuits courts. Transformer les écoles en jardins nourriciers. Rêver, oui, mais surtout agir. Les mouvements de justice alimentaire, les collectifs de quartier, les fermes urbaines autogérées montrent la voie : la solidarité concrète, l’autosuffisance locale, la réappropriation collective de nos assiettes. Ottawa peut saupoudrer ses milliards, mais c’est nous, en bas, qui nourrirons la révolution. Parce que la sécurité alimentaire, ce n’est pas une charité : c’est un combat.

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