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Renflouement de Transat : l’État, ATM des naufragés corporatifs

Cent cinquante millions de dollars. C’est la bouée de sauvetage que Transat réclame au gouvernement fédéral pour ne pas couler sous les vagues d’une « crise du carburant » qui frappe l’industrie aérienne. Encore une fois, une entreprise privée qui a navigué en eaux troubles vient cogner à la porte du trésor public, celui alimenté par nos impôts, pour éviter la débâcle. On nous sert le même refrain qu’en 2020-2021 : sans aide d’État, ce sera l’hécatombe, les emplois disparaîtront, l’économie s’effondrera. Mais pendant que les PDG orchestrent leur SOS médiatique, qui pose la vraie question : où étaient les actionnaires et les conseils d’administration quand il fallait constituer des réserves, diversifier les risques, ou repenser un modèle d’affaires dépendant d’un carburant fossile en pleine transition climatique?

Les renflouements pandémiques nous ont déjà montré la partition : des milliards injectés dans Air Canada, Transat et consorts pour maintenir l’appareil en vol, promesses d’emplois sauvés à l’appui. Résultat? Des milliers de travailleuses et travailleurs mis à pied quand même, des remboursements de billets traînant des mois, et des dirigeants empochant leurs bonis une fois la tempête passée. L’argent public a servi de parachute doré, pas de filet social. Aujourd’hui, Transat revient à la charge, et l’État risque encore de jouer les ATM corporatifs sans exiger de comptes, sans conditionner l’aide à une réelle transformation écologique ou à une gouvernance démocratique impliquant les employé·es. C’est la privatisation des profits et la socialisation des pertes, version 2025.

Parlons de la fameuse « crise du carburant ». Oui, les prix du kérosène grimpent. Oui, la dépendance aux énergies fossiles coûte cher, surtout quand le climat se révolte et que les guerres pétrolières font rage. Mais cette crise n’est pas tombée du ciel : elle était prévisible, annoncée, documentée. Pendant des années, les compagnies aériennes ont misé sur la croissance perpétuelle, les vols à rabais, la compétition sauvage, sans jamais préparer leur transition vers des carburants alternatifs ou ralentir leur expansion. Maintenant qu’elles étouffent sous les factures, elles veulent que l’État éponge. Mais où est la responsabilité entrepreneuriale? Où sont les plans de diversification? Transat nous demande de payer pour son incapacité à s’adapter, alors que des petites entreprises, elles, ferment boutique sans un sou d’aide quand elles ratent un virage.

L’aide d’État aux grandes entreprises n’est pas un mal absolu, mais elle doit être conditionnelle, transparente, et servir l’intérêt collectif. Si Transat veut nos dollars, qu’elle accepte une participation publique au capital, qu’elle s’engage à atteindre des cibles climatiques strictes, qu’elle garantisse des emplois syndiqués et bien payés, qu’elle ouvre ses livres comptables. Pas de chèque en blanc. Pas de cadeau aux actionnaires qui ont encaissé des dividendes pendant les belles années et qui veulent maintenant qu’on assume leurs risques. L’État doit cesser de jouer les pompiers au service des pyromanes corporatifs et commencer à poser des conditions qui transforment réellement l’économie. Sinon, ces 150 millions seront juste une autre ligne dans le grand livre de la complicité entre pouvoir politique et capital privé.

Ce dossier Transat est un miroir grossissant de notre époque : celle où les grandes entreprises socialisent leurs échecs pendant que les vraies urgences – logement, santé, transition écologique – manquent de fonds. Pendant qu’on débat de sauver une compagnie aérienne, des milliers de personnes dorment dans la rue, des hôpitaux ferment des lits, et les jeunes désespèrent devant l’inaction climatique. Il est temps d’inverser la logique : que l’argent public serve d’abord le bien commun, pas les bilans trimestriels. Si Transat ne peut survivre sans devenir un outil de transition juste et verte, alors qu’elle coule, et qu’on redirige ces 150 millions vers des projets qui construisent vraiment l’avenir au lieu de prolonger l’agonie d’un modèle révolu.

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