François Legault vient de déclarer la guerre — pas seulement à l’environnement, mais à la démocratie. Son nouveau projet de loi, camouflé sous le jargon rassurant de l’« accélération des projets », permettrait au gouvernement de contourner jusqu’à 30 lois environnementales, de réécrire les règles à son profit, et d’écraser toute contestation communautaire en chemin. Le béton avant les forêts, le rendement avant les vivants, la voracité des promoteurs avant nos voix collectives. Ce n’est plus de la simplification administrative — c’est une gifle à la justice écologique.
À chaque fois qu’un premier ministre nous parle de couper les délais, les arbres tremblent. Ce bulldozer législatif met à risque mille réalités très concrètes : des terres agricoles qui nourrissent nos communautés, des milieux humides cruciaux pour la biodiversité, des écosystèmes déjà essoufflés par la crise climatique. Et qui trinque ? Les municipalités, les comités citoyens, les jeunes qui se battent pour demain. Cette loi ferait de Québec le seul maître d’œuvre, le seul arbitre, le seul dieu dans un territoire où plus rien ne serait sacré, pas même l’eau qu’on boit ou l’air qu’on respire.
Tout ça au nom d’une logique technocratique à peine voilée : produire vite, dépenser vite, livrer vite, pour que Montréal ait son REM, que les autoroutes s’étirent, que les projets « majeurs » avancent – peu importe pour qui ou pour quoi. On escamote les mécanismes de consultation? On fait sauter les évaluations environnementales? Ce n’est pas de la modernité : c’est la vieille recette néolibérale du tout-à-l’économie, une version asphaltée du mépris. Derrière les logos de la CAQ, les ministères deviennent bêtes de somme pour les lobbys du béton et de l’immobilier.
L’écologie véritable ne se fait pas dans les tours ministérielles, mais sur le terrain, là où le sol ne ment pas. Et ce sol crie. Ce projet de loi entre en collision frontale avec les principes d’une transition juste. Aucune justice climatique n’est possible sans le respect des humains, de leurs milieux de vie, de leur droit à décider collectivement. En contournant tous ces garde-fous, Legault ne fait pas que mutiler la nature : il réduit la démocratie au silence. Comme le dit Jeanne, militante agricole à Sainte-Marie : « ils veulent anéantir ce qui reste de notre pouvoir populaire ».
Ce n’est pas un amendement technique, c’est un acte d’hostilité. La seule réponse, c’est la résistance. Des conseils municipaux doivent dire non, des coalitions citoyennes doivent lever la voix, des jeunes doivent occuper et bloquer. Chaque arbre abattu sans débat est une infamie. Chaque projet passé en force est une fracture dans notre capacité à faire société autrement. Il est temps de défier cette obsession du progrès qui sacrifie le monde vivant. Comme toujours, la vraie modernité viendra des racines.





