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Le mensonge collectif et l’illusion du progrès humain

Un pays ne se mesure pas à son PIB comme on jauge un être humain à sa montre. Pourtant, la politique actuelle s’entête à confondre croissance économique et progrès humain. Nous vivons dans une époque où le lexique de la performance remplace celui du bien commun, où la dérégulation se fait passer pour liberté, et où les voix qui réclament équité sont taxées de nostalgie. Il serait temps de reconnaître l’inanité de priorités qui sacrifient le collectif sur l’autel du court terme.

La question n’est plus seulement politique, elle est morale : dans quel monde décidons-nous de vivre ? Et surtout, pour qui ce monde est-il pensé ? En France comme ailleurs, le récit dominant semble dicté par une oligarchie désinhibée, obsédée par les flux financiers, par la déréglementation « libératrice », mais étrangement silencieuse sur le fossé grandissant qui sépare les nantis du reste de la population. L’inégalité n’est plus un dommage collatéral ; elle est devenue un pilier structurel.

Derrière cela, il y a l’ombre persistante d’un impérialisme économique, déployé non plus à travers des conquêtes militaires, mais par la domination de normes technocratiques et économiques qui imposent une vision unique du progrès. Cette hégémonie pénètre nos institutions, façonne nos imaginaires et justifie l’injustifiable : coupes budgétaires dans les services publics, surveillance accrue des pauvres et subvention massive des grandes entreprises au nom de la compétitivité.

Face à cet état de décomposition silencieuse, toute pensée politique éthique commence par un refus : celui de considérer l’inévitable comme naturel. L’égalité, la solidarité, la justice ne sont pas des étendards gauchistes à agiter aux heures creuses. Ce sont des exigences démocratiques, des principes fondateurs sans lesquels aucune société ne peut prétendre à la décence. Revenir à ces valeurs n’est pas une régression ; c’est une reconquête.

On ne peut pas continuer à vivre comme si l’essentiel était accessoire. La démocratie n’est pas un logiciel qui fonctionne en tâche de fond pendant que les puissants optimisent leurs dividendes. Elle demande de l’attention, de la lucidité, de la tendresse même. À force de perdre de vue nos finalités collectives, nous risquons de devenir le décor vide de notre propre histoire — sophistiqués, connectés, mais dépossédés. Il est encore temps de réorienter nos boussoles.

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