Le rachat de Paramount Global par Skydance Media, soutenu par l’homme d’affaires David Ellison et adossé aux milliards de son père Larry Ellison, marque une nouvelle étape dans la concentration des grands médias. En décembre 2025, les négociations ont franchi un cap : selon plusieurs sources, Warner Bros. Discovery verrait d’un bon œil cette alliance stratégique menée par Skydance, garantissant une alternative au démantèlement ou au déclin de la vieille major hollywoodienne. Derrière l’opération, il faut regarder au-delà de la vitrine du divertissement : c’est une manœuvre structurante d’un empire techno-financier visant à resserrer son emprise sur l’industrie culturelle et médiatique.
Larry Ellison, cofondateur d’Oracle, est l’un des hommes les plus riches du monde, et l’un des plus puissants de la Silicon Valley. Malgré un profil relativement discret politiquement, il finance depuis plusieurs années des projets mêlant technologie et communication. En misant massivement sur son fils David et sur Skydance — déjà producteur de blockbusters —, Ellison structure un conglomérat hybride qui conjugue finance, IA et influence culturelle à grande échelle. Avec Paramount, et ses filiales comme CBS ou MTV, Skydance contrôle désormais un pan majeur de l’information et du divertissement américain.
Ce rachat s’inscrit dans une dynamique mondiale de concentration des médias : selon le Pew Research Center, en 2025, près de 80 % du contenu médiatique produit aux États-Unis émane de moins de dix groupes, souvent dirigés — ou influencés — par des milliardaires. Ce phénomène s’est accéléré depuis la pandémie, alors que les plateformes numériques aspirent les ressources publicitaires et fragmentent l’offre d’information. À mesure que les géants technologiques investissent dans les médias traditionnels, la frontière entre contenu éditorial et stratégie d’influence devient de plus en plus floue.
Les conséquences sont lourdes pour le pluralisme. Une étude de l’université Stanford publiée en septembre 2025 démontre que les zones où l’offre médiatique est détenue par un nombre restreint d’acteurs présentent moins de diversité éditoriale, moins d’investigations à portée locale, et une plus grande polarisation politique. Le risque n’est pas uniquement de voir émerger une pensée unique, mais également une information calibrée selon les intérêts commerciaux ou idéologiques des actionnaires majoritaires. Avec le contrôle croissant de l’écosystème narratif, c’est toute la capacité démocratique à débattre, questionner et critiquer qui s’érode.
Les réactions politiques restent dispersées. Tandis que certains élus démocrates appellent à renforcer les lois antitrust et à réformer la propriété des médias, une large part du spectre politique semble résignée, voire complice. Du côté des citoyens, un scepticisme croissant s’installe — notamment chez les jeunes adultes, plus critiques vis-à-vis des médias traditionnels et avides d’alternatives indépendantes. Pour éviter que l’information devienne un simple actif spéculatif, il est urgent de penser une régulation adaptée à l’ère numérique, où la concentration ne se voit pas seulement dans les parts de marché, mais dans les récits que l’on nous autorise à entendre.





