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Budget 2025 : une austérité camouflée qui évite la justice fiscale

Malgré des contextes économiques distincts, les plus récents budgets déposés à Québec et à Ottawa révèlent une convergence préoccupante : les deux gouvernements refusent obstinément de recourir à une fiscalité plus juste, notamment en taxant les grandes fortunes et les industries polluantes. À Québec, le ministre Girard persiste dans une trajectoire d’austérité camouflée, tout en rejetant toute hausse d’impôt pour les plus riches. À Ottawa, Chrystia Freeland privilégie elle aussi l’ordre budgétaire sans remettre en question l’architecture fiscale qui perpétue les inégalités. Entre prudence électorale et myopie économique, cette retenue fiscale traduit une peur partagée : déplaire aux puissants.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Québec prévoit un déficit de 11 milliards pour 2025-2026 et juge préférable de geler les dépenses plutôt que d’élargir la base fiscale. Ottawa, malgré un déficit plus marqué (38 milliards), évite également toute mesure structurante envers les grandes banques ou les émetteurs majeurs de GES. Pourtant, selon l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC), une taxe modeste sur le patrimoine des 1 % les plus fortunés pourrait générer plus de 20 milliards sur cinq ans. Des revenus suffisants pour maintenir plusieurs programmes sociaux menacés.

Déjà, les impacts se dessinent. À Québec, des compressions dans les réseaux scolaires et de la santé sont anticipées dès le printemps. À Ottawa, certains crédits pour les logements abordables ont été revus à la baisse, dans une période où les loyers atteignent des sommets historiques. Ces choix budgétaires ne sont pas que comptables : ils définissent les priorités collectives. Et lorsqu’on refuse de puiser là où l’argent dort, ce sont les services publics — et ceux qui en dépendent — qui écopent.

Sur le plan politique, cette frilosité s’explique en partie par une stratégie électorale défensive. Legault, affaibli et en perte de vitesse, veut éviter un débat sur la redistribution; Trudeau, pris entre la montée du Parti conservateur et les exigences du NPD, joue la corde de la stabilité. Mais à force de reporter les véritables débats fiscaux, les deux capitales minent leur capacité à répondre aux défis sociaux et environnementaux de long terme. L’austérité en sourdine reste une austérité, même lorsqu’elle s’habille de langage prudentiel.

Les syndicats — CSQ, FTQ, CSD — ainsi que plusieurs groupes comme IRIS et Alternatives économiques, multiplient les appels à une réforme fiscale en profondeur. Leur position est simple : protéger les services publics exige du courage politique. Cet appel à la justice fiscale n’est pas idéologique, mais fondé sur l’arithmétique de la répartition. Face à l’accumulation record de la richesse au sommet, continuer à préserver les plus fortunés revient à trahir l’équité. En 2025 comme en 2008, ce sont les choix collectifs qui décideront du poids de la crise économique à venir — et de qui la portera.

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