Érigée en symbole de la transition énergétique, la filière québécoise des batteries devait incarner un tournant industriel majeur. Pourtant, après les récentes faillites retentissantes d’entreprises comme Northvolt Trois-Rivières, Nouveau Monde Graphite et Volta Énergie, l’heure est à l’autopsie. Des centaines de millions de fonds publics ont été investis – plus de 1,3 milliard de dollars en subventions et prêts directs. Mais les résultats concrets, en termes d’usines opérationnelles et d’emplois durables, demeurent maigres. Ces échecs ne relèvent pas du hasard : ils reflètent une absence de vision industrielle cohérente et une surdépendance à des partenaires privés peu enracinés localement.
À y regarder de près, plusieurs indices annonçaient la tempête. La majorité des projets misaient sur des promesses d’investissements futurs, sans garanties solides ni mécanismes d’imputabilité robustes. L’État québécois, en misant sur la séduction fiscale pour attirer des géants étrangers, a souvent cédé le contrôle stratégique. Résultat : des décisions prises à Munich ou à Palo Alto finissent par dicter l’avenir industriel de Shawinigan ou Bécancour. Cette logique court-termiste – privilégier les annonces rapides plutôt que la planification à long terme – sabote les chances de bâtir une véritable chaîne de valeur locale, résiliente et maîtrisée.
Les répercussions ne sont pas que comptables. À Saint-Jérôme comme à Baie-Comeau, ce sont des travailleurs formés, des fournisseurs régionaux, des familles entières qui subissent les contrecoups de ces déconvenues. La précarité qui résulte d’une dépendance à des promesses brisées mine la confiance collective envers la transition verte. Or, pour qu’un modèle économique écologique réussisse, il doit d’abord être socialement soutenable. Cela passe notamment par une gouvernance publique plus exigeante, qui conditionne les aides financières à des impacts sociaux et environnementaux mesurables.
Il existe pourtant des pistes concrètes. Certains pays – l’Allemagne, la Suède ou encore la Corée du Sud – ont montré qu’il était possible de développer des écosystèmes industriels cohérents en s’appuyant sur des entreprises locales, des alliances publiques-privées équilibrées et une stratégie industrielle verticale. Le Québec a les atouts : ressources critiques, expertise universitaire, volonté populaire. Ce qu’il lui manque, c’est une architecture institutionnelle capable de relier ces forces et de planifier sur deux ou trois décennies, au lieu de viser les cycles électoraux.
Plutôt que de tourner la page, il faut tirer les leçons. Cela signifie renforcer les conditions d’octroi des fonds publics, instaurer une participation publique dans la gouvernance des projets industriels clés, et surtout, repenser notre rapport à l’investissement privé : l’attractivité ne peut pas se construire sur la dépendance. Si la transition verte est réellement une priorité, elle mérite mieux qu’une série de coups d’éclat sans lendemain. Elle exige un cap, des outils et de la cohérence – parce qu’au bout du compte, ce sont les citoyens et l’environnement qui paient l’addition des erreurs passées.





