2025 a été une année exceptionnelle pour les marchés financiers québécois. L’indice phare du Québec Inc. a affiché une performance de près de 18 %, dopé par les secteurs technologique, énergétique et de la finance. Les actionnaires des grandes entreprises comme CGI, Banque Nationale et Couche-Tard ont vu leurs portefeuilles gonfler — parfois même au-delà des niveaux records atteints avant la pandémie. Mais derrière ces chiffres vertigineux, une autre réalité émerge : celle d’un monde du travail où les salaires stagnent, où les conditions peinent à se moderniser et où le sentiment d’exclusion économique grandit.
Alors que les profits croissent et que les dividendes fusent, le salaire horaire moyen a à peine suivi l’inflation. Selon l’Institut de la statistique du Québec, les rémunérations réelles ont progressé de moins de 1 %, et ce principalement dans des secteurs déjà plus nantis. Dans les métiers essentiels — santé, éducation, services à la personne — les hausses sont quasi inexistantes. Ce découplage entre performance corporative et amélioration des conditions de vie des travailleurs souligne une transformation du rôle de l’entreprise : moins centrée sur ses travailleurs, davantage tendue vers la valorisation de ses actifs financiers.
Cette dynamique n’est pas neutre : elle accentue les écarts. Le top 1 % des revenus au Québec tire désormais plus de 40 % de ses gains économiques de la croissance des actions et des dividendes. Or, ces formes de revenus sont largement exemptées de l’impôt au même titre que les salaires. Pendant que les titres grimpent, les travailleurs à bas revenus voient leur pouvoir d’achat s’effriter, pris entre loyers exorbitants, dette croissante et services publics sous haute tension. L’économie crée de la richesse, mais de manière de plus en plus asymétrique et déséquilibrée.
Le remède ne viendra pas uniquement du marché. Il existe un consensus croissant parmi les économistes — de Thomas Piketty à l’OCDE — sur la nécessité de revoir la fiscalité des gains en capital. Au Québec, ces revenus sont encore moins imposés que les salaires — une distorsion qui fausse les incitatifs, favorise la spéculation et affaiblit le contrat social. Une taxation plus équitable permettrait non seulement de financer davantage de services collectifs, mais aussi de corriger une partie des injustices liées à l’accumulation du capital financier au détriment du travail.
Face à cette divergence croissante, il est urgent de retrouver un équilibre. La croissance boursière ne doit pas masquer la stagnation salariale, pas plus qu’elle ne doit éclipser la contribution réelle des travailleuses et travailleurs aux succès du Québec Inc. Ce ne sont pas les marchés qu’il faut freiner, mais les écarts qu’il faut contenir. Là réside le véritable défi économique de 2026 : faire en sorte que la prospérité serve aussi ceux et celles qui la rendent possible.





