Camille_Dufresne_2026-07-23_baril_100_dollars

Prix du pétrole à 100 $ : qui paie vraiment ?

Le Brent vient de franchir à nouveau la barre des 100 dollars le baril, et comme d’habitude, ce ne sont pas les PDG pétroliers qui vont absorber le choc. Cette flambée, alimentée par les tensions au Moyen-Orient et les attaques persistantes en mer Rouge qui paralysent les routes commerciales, n’a rien d’une surprise cosmique : c’est la logique implacable d’un système énergétique mondial fondé sur la spéculation et les rapports de force géopolitiques. Pendant que les traders ajustent leurs positions et que les actionnaires d’Exxon et de Shell se frottent les mains, ce sont les familles québécoises et canadiennes qui voient leur budget exploser à la pompe, à l’épicerie, dans leurs factures de chauffage. Le pétrole n’est pas qu’une marchandise : c’est une arme économique pointée sur les plus vulnérables.

Concrètement, chaque dollar de plus sur le baril se traduit par des centaines de millions arrachés aux ménages. L’essence à Montréal, à Québec, dans les régions éloignées : tout grimpe en cascade. Le camionnage devient plus cher, donc les aliments coûtent plus cher, donc l’inflation repart à la hausse. Les familles monoparentales, les travailleur·euses précaires, les aîné·es à revenu fixe : ce sont eux qui écopent, qui doivent choisir entre faire le plein et payer l’épicerie. Pendant ce temps, les marges des pétrolières battent des records trimestre après trimestre, et les gouvernements restent les bras croisés, invoquant la « volatilité des marchés » comme si c’était une loi naturelle.

Mais cette dépendance structurelle au fossile n’est pas une fatalité : c’est un choix politique. Depuis des décennies, Québec et Ottawa ont privilégié les subventions aux hydrocarbures, les autoroutes, l’étalement urbain, plutôt que d’investir massivement dans le transport collectif, l’efficacité énergétique des bâtiments et l’électrification abordable. On aurait pu avoir un réseau ferroviaire digne de ce nom, des autobus gratuits, des logements écoénergétiques accessibles. À la place, on a des promesses électorales recyclées et des projets pilotes qui ne dépassent jamais le stade de la photo de presse. Résultat : les Québécois·es sont pris·es en otage d’un modèle énergétique archaïque, où chaque crise géopolitique se transforme en ponction directe sur leur pouvoir d’achat.

Les régions rurales et éloignées sont particulièrement sacrifiées dans cette équation. Pas de métro, peu de train, des distances immenses à parcourir pour aller travailler, se faire soigner, magasiner : pour des milliers de familles, l’auto n’est pas un luxe mais une nécessité imposée par l’absence totale d’alternatives. Quand le prix du pétrole explose, ce sont ces communautés qui encaissent le coup le plus violent, sans filet de sécurité, sans plan B. Et personne ne vient leur dire comment ils sont censés « verdir leur mobilité » quand il n’y a même pas de borne de recharge électrique à 100 kilomètres à la ronde, ni de véhicule électrique à prix accessible pour remplacer leur vieux pick-up.

Face à cette spirale, il est temps de parler de souveraineté sociale et climatique. Cela signifie reprendre le contrôle collectif sur nos besoins essentiels : énergie, transport, logement, alimentation. Cela implique de sortir de la logique du marché pour garantir à tou·tes l’accès à une vie digne, peu importe les soubresauts du baril. Nationaliser l’énergie, investir massivement dans les infrastructures vertes, instaurer la gratuité des transports collectifs, imposer une taxe sur les profits indécents des pétrolières : voilà le programme d’urgence qui devrait être sur toutes les lèvres. Tant qu’on laissera les prix du pétrole dicter nos vies, on restera prisonnier·ères d’un système qui engraisse quelques-uns pendant que la majorité crève à petit feu.

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