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Crise climatique au Népal : le prix payé en vies

Trente-deux Canadiens ou résidents permanents portés disparus dans les crues dévastatrices qui engloutissent le Népal en ce moment. Trente-deux noms sur une liste d’attente d’Affaires mondiales, trente-deux familles qui scrutent leurs téléphones en espérant un signe de vie. Mais cette catastrophe n’est pas tombée du ciel comme une malédiction divine : elle est le produit direct du chaos climatique que nous avons collectivement déclenché. Fonte accélérée des glaciers himalayens, pluies de mousson rendues folles par le réchauffement, sols fragilisés par la déforestation et l’extractivisme — le Népal paie aujourd’hui la facture carbone de pays qui ne connaîtront jamais ses rivières en colère.

L’injustice climatique se lit dans chaque corps emporté par la boue. Le Népal émet une fraction ridicule des gaz à effet de serre mondiaux, mais ses montagnes se transforment en pièges mortels parce que les puissances industrielles — Canada inclus — continuent de traiter l’atmosphère comme un dépotoir. Les communautés népalaises, souvent rurales, pauvres, déjà marginalisées, se retrouvent en première ligne d’une guerre qu’elles n’ont jamais déclarée. Pendant ce temps, à Ottawa, on parle de « résilience » et de « coopération internationale » comme si des mots pouvaient colmater des digues effondrées ou ressusciter des villages entiers.

Et nous, au Québec, croyons-nous vraiment être à l’abri? Nos infrastructures vieillissantes craquent déjà sous les événements météo de plus en plus violents : inondations printanières records, canicules meurtrières, tempêtes qui paralysent des régions entières. Pourtant, les budgets d’adaptation et de prévention demeurent des miettes comparés aux investissements dans l’élargissement d’autoroutes ou les subventions à l’industrie fossile. On préfère réparer après coup, panser les plaies plutôt que d’éviter les coups. C’est moins cher politiquement, mais infiniment plus coûteux en vies humaines.

Le décalage est vertigineux entre les discours rassurants des gouvernements et la réalité sur le terrain. On nous vend la « transition juste », mais les fonds promis n’arrivent jamais là où ils devraient : dans les quartiers inondables, dans les refuges climatiques, dans les programmes de relocalisation communautaire. On nous parle d’économie verte pendant que les banques canadiennes financent encore l’expansion pétrolière et gazière. Cette hypocrisie institutionnelle tue, ici comme au Népal, et elle tue d’abord les plus vulnérables : les locataires précaires, les travailleurs agricoles, les peuples autochtones dont les territoires sont sacrifiés.

La seule réponse digne face à cette catastrophe — et à celles qui viennent — est une transformation écologique et sociale radicale qui place la protection des communautés avant les profits. Cela signifie désinvestir massivement des énergies fossiles, financer réellement l’adaptation climatique dans les pays du Sud et chez nous, repenser l’aménagement du territoire pour respecter les écosystèmes, et surtout, rompre avec la logique extractiviste qui nous a menés au bord du gouffre. Les disparus du Népal ne sont pas des victimes du destin : ils sont les martyrs d’un système économique qui refuse encore d’admettre que la Terre a des limites. Et tant que nous n’affronterons pas cette vérité, les listes de disparus ne cesseront de s’allonger.

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