Quand Radio X laisse échapper le mot « squaw » sur ses ondes, ce n’est pas un dérapage. C’est une violence calculée, une insulte qui traverse les corps autochtones comme une lame rouillée. Ce terme, chargé de mépris colonial et de sexisme brutal, n’est jamais prononcé par hasard dans un média qui fait de la provocation son modèle d’affaires. Pendant que Paul St-Pierre Plamondon défend mollement l’utilisation de « propos disgracieux », comme si l’insulte raciste pouvait se ranger dans la catégorie du langage coloré, les communautés autochtones encaissent encore une fois l’humiliation publique. Le ministre Lafrenière a raison de pointer du doigt cette complaisance partisane : ce qui se joue ici, c’est l’instrumentalisation de la haine à des fins tactiques.
Parce qu’il faut le dire clairement : Radio X sait exactement ce qu’elle fait. Chaque insulte, chaque « dérapage » sert à alimenter un auditoire qui se nourrit de ressentiment et de nostalgie d’un Québec blanc fantasmé. Le mot « squaw » n’est pas un écart de langage, c’est un héritage colonial qu’on refuse d’enterrer. C’est une arme utilisée pour déshumaniser les femmes autochtones, pour réduire leur existence à un stéréotype sexualisé et dégradant. Quand un média grand public le laisse circuler, il normalise la violence symbolique et réactive des traumatismes collectifs que des générations portent encore.
Et pendant ce temps, les partis politiques jouent le jeu. Le Parti Québécois, sous couvert de défendre la liberté d’expression, tolère ce climat toxique parce qu’il sait que ça mobilise un électorat. On transforme l’indignation en spectacle, on fait semblant de s’offusquer, mais on refuse de condamner clairement. Cette stratégie n’est pas nouvelle : elle consiste à laisser planer l’ambiguïté, à ménager les auditeurs de Radio X tout en se drapant d’une fausse respectabilité républicaine. Mais derrière cette posture, il y a un calcul froid : le racisme, quand il est savamment dosé, rapporte des votes.
Pourtant, la réconciliation avec les peuples autochtones ne peut pas coexister avec cette culture de l’insulte banalisée. Tant qu’on tolérera que des tribunes publiques crachent leur mépris, tant qu’on laissera les partis politiques flirter avec le racisme « disgracieux », on ne fera que prolonger la violence coloniale. Le langage n’est jamais neutre : il structure le pouvoir, il désigne qui compte et qui peut être sacrifié. Chaque fois qu’un animateur radio utilise « squaw » sans conséquence, il rappelle aux communautés autochtones qu’elles ne valent pas le respect le plus élémentaire.
Il est temps d’exiger mieux. Pas des excuses molles, pas des déclarations creuses sur la réconciliation, mais une rupture nette avec ceux qui transforment le racisme en outil politique. Les partis qui tolèrent ce climat au nom de gains tactiques doivent être tenus responsables. Les médias qui se cachent derrière la liberté d’expression pour diffuser la haine doivent perdre leur légitimité. Et nous, collectivement, devons refuser de laisser passer ces violences comme de simples « dérapages ». Parce que derrière chaque insulte, il y a des vies brisées, des dignités piétinées, et un système qui refuse encore de changer.





