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Baisses d’impôt de Duhaime : qui paiera la facture ?

Éric Duhaime sort l’artillerie lourde en ce début de campagne, brandissant des promesses de baisses d’impôt et de taxes qu’il qualifie d’« historiques ». Le chef du Parti conservateur du Québec joue la carte classique de la droite : promettre plus d’argent dans les poches des contribuables, moins de « gaspillage » gouvernemental, et cette fameuse « liberté fiscale » qui sonne si bien aux oreilles des classes moyennes fatiguées. Mais derrière le slogan accrocheur se cache une vérité brutale que Duhaime évite soigneusement : chaque dollar non perçu par l’État, c’est un dollar de moins pour nos hôpitaux surchargés, nos écoles délabrées, nos CPE en pénurie. La « liberté fiscale » qu’il vend, c’est en réalité la privatisation déguisée de nos responsabilités collectives, un transfert de richesse vers ceux qui en ont déjà trop, pendant que les autres devront se débrouiller seuls.

Quand la droite parle de baisses d’impôt, il faut toujours se demander : qui gagne vraiment dans cette équation? Pas les familles monoparentales qui dépendent des services de garde subventionnés. Pas les aînés qui attendent des mois pour une chirurgie. Pas les locataires écrasés par la crise du logement qui espèrent des investissements massifs dans le logement social. Non, les vrais gagnants, ce sont les propriétaires d’entreprises, les investisseurs immobiliers, les hauts salariés qui verront leurs impôts fondre comme neige au soleil. Duhaime joue sur les frustrations légitimes des gens face à la lourdeur fiscale, mais il omet de dire que son plan accentuera les inégalités déjà obscènes qui fracturent notre société. Pendant qu’il promet des miettes aux classes moyennes, il ouvre grand la porte à une concentration encore plus grande de la richesse au sommet de la pyramide.

L’État minimal que fantasme Duhaime n’est pas une utopie libertarienne, c’est un cauchemar pour quiconque n’a pas les moyens de se payer une assurance privée, une école privée, ou un logement décent. Moins de revenus pour l’État, ça signifie concrètement des listes d’attente qui s’allongent en santé, des classes surchargées, des routes qui se détériorent, des services sociaux amputés. Les femmes, qui constituent la majorité des travailleurs et travailleuses des secteurs public et parapublic, seront les premières touchées par les compressions qui suivront inévitablement ces baisses fiscales. Les régions éloignées, déjà fragilisées, verront leurs services fondre encore davantage. L’austérité, on l’a vécue sous les libéraux de Couillard, et on sait exactement où ça mène : à une dégradation collective de nos conditions de vie pendant que les bien nantis s’enrichissent.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que chaque promesse de baisse d’impôt cache une vision du monde : celle où chacun pour soi remplace la solidarité, où le marché dicte qui mérite des soins et qui peut crever dans un corridor d’urgence. Duhaime ne propose pas une gestion différente, il propose un démantèlement systématique de ce qui reste de notre filet social. Pendant que nos systèmes de santé et d’éducation agonisent, que la crise climatique exige des investissements publics massifs, que des milliers de personnes dorment dans la rue, lui préfère refiler des chèques fiscaux qui n’amélioreront en rien la vie matérielle de la majorité. C’est une posture électoraliste cynique qui mise sur l’épuisement des gens pour faire passer une idéologie qui a déjà échoué partout où elle a été appliquée.

Face aux slogans simplistes de Duhaime, il faut opposer une clarté implacable : un Québec juste et écologique ne se construira pas en affamant l’État, mais en le transformant radicalement pour qu’il serve vraiment le bien commun. Oui, nos impôts doivent être investis intelligemment, pas gaspillés dans des mégaprojets autoroutiers ou des subventions aux pétrolières. Mais la solution n’est pas de saborder nos capacités collectives, c’est de les renforcer, de les démocratiser, de les orienter vers la transition écologique, le logement social, les soins universels. Les vrais libérateurs ne sont pas ceux qui promettent de baisser nos impôts, ce sont ceux qui luttent pour que notre argent collectif serve enfin à bâtir une société où personne n’est laissé pour compte. Duhaime vend du rêve américain désuet; nous, on construit un avenir solidaire ou on ne construit rien du tout.

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