Juillet 2026 : les mises en chantier d’habitations au Canada dégringolent de 16 % par rapport à juin, selon la SCHL. Les ventes résidentielles reculent, les promoteurs freinent, le marché privé tousse. Et pendant ce temps, des milliers de locataires québécois se réveillent chaque matin avec la même angoisse : combien de temps avant l’éviction? Avant que le proprio décide de rénover pour doubler le loyer? Avant que la hausse annuelle les pousse à choisir entre manger et payer le toit? Ce ralentissement du privé ne nous apporte aucun répit — au contraire, il expose la faillite totale d’un système qui traite le logement comme une marchandise et non comme un droit humain fondamental.
Depuis des années, on nous sert le même mantra néolibéral : « Construisez plus, l’offre va régler la crise. » Sauf que le privé construit pour qui paie le plus, pas pour qui en a besoin. Les condos luxe poussent comme des champignons, tandis que les HLM croupissent dans l’abandon et que les coopératives d’habitation se battent pour des miettes de subventions. Résultat : même quand on bâtit, l’abordabilité reste hors de portée. Un deux et demi à Montréal frôle les 1 500 $ par mois en moyenne, pendant que le salaire minimum stagne et que l’inflation gruge le reste. Le marché privé n’a jamais eu pour mission de loger dignement la classe ouvrière — seulement d’engraisser les actionnaires et les fonds de placement.
Les jeunes, les familles monoparentales, les personnes racisées, les aînés à revenu fixe : ce sont eux qui encaissent. Ils cumulent les refus parce que leur dossier de crédit n’est pas « assez bon », parce qu’ils touchent l’aide sociale, parce qu’ils ont des enfants. Ils visitent vingt apparts en une semaine, en compétition avec cinquante autres candidats prêts à offrir six mois d’avance. Ils finissent par accepter un sous-sol humide, un logement insalubre, un bail abusif — ou dorment chez des amis, dans leur char, dans un refuge débordé. Cette précarité n’est pas un accident : c’est le produit logique d’un système qui mise sur la rareté pour maximiser les profits et qui laisse l’État jouer les pompiers avec un seau troué.
Le lien entre pénurie, spéculation et épuisement collectif est direct. Quand l’offre publique est inexistante et que le privé dicte les règles, les vautours débarquent : les REITs, les flippers, les Airbnb qui vident les quartiers. Les logements deviennent des actifs financiers, des jetons dans un casino mondial. Et nous? On devient jetables. Cette fatigue sociale — burn-out locatif, anxiété permanente, perte d’ancrage, d’appartenance — ronge des générations entières. Elle alimente la colère, la méfiance, le repli. Elle fracture le tissu urbain. On ne peut pas bâtir une société juste sur des fondations pourries par la spéculation.
Il est temps de nommer ce qui devrait être une évidence : un logement digne, abordable, sécuritaire, ce n’est pas un luxe — c’est un droit. Ça implique un investissement massif en HLM, en coopératives, en logements sociaux et communautaires. Ça implique un contrôle des loyers qui mord, une taxation agressive de la spéculation, une réquisition des logements vacants. Ça implique de retirer le logement du marché, point final. Tant qu’on laissera les promoteurs et les banques décider qui a droit à un toit, la crise perdurera — peu importe combien de condos ils érigent. Le béton privé ne nous sauvera pas. Seule une politique publique radicale, guidée par la solidarité et non le profit, pourra rebâtir l’espoir.





