Les tarifs douaniers de Trump ne sont pas qu’une chicane diplomatique entre Ottawa et Washington. C’est un transfert massif de richesse, orchestré en pleine lumière, où les géants de la distribution et de la finance utilisent la tension commerciale comme paravent pour gonfler leurs marges pendant que les ménages, les PME et les travailleuses paient la facture. Quand Loblaw et Metro annoncent des hausses de prix « inévitables » avant même que les tarifs soient appliqués, on comprend vite le jeu : la guerre commerciale devient l’alibi parfait pour une inflation planifiée, socialisée en bas, privatisée en haut.
Le Canada est pris dans une asymétrie structurelle qui date de l’ALENA : 75% de nos exportations vont aux États-Unis, notre économie est une annexe continentale, et nos chaînes d’approvisionnement dépendent d’intrants américains que nous retransformons ici avant de les renvoyer là-bas. Cette dépendance nous rend vulnérables non pas par accident, mais par design néolibéral. Résultat : dès qu’un président américain agite la menace tarifaire, c’est toute notre infrastructure économique qui tremble, et ce sont les secteurs déjà précarisés — agriculture, manufacture, culture — qui trinquent en premier.
Pendant ce temps, les banques, les géants de la tech et les grandes chaînes absorbent les chocs en augmentant les prix aux consommateurs, en compressant les salaires et en exigeant des subventions publiques au nom de la « compétitivité ». Les PDG appellent ça de la gestion prudente; nous, on appelle ça du pillage organisé. Les travailleurs voient leurs paniers d’épicerie exploser, les artistes perdent leurs contrats d’exportation culturelle, les artisans locaux sont écrasés par la concurrence étrangère subventionnée, mais les profits records des grandes corporations continuent de pleuvoir. L’hypocrisie est totale : on nous parle de souveraineté économique pendant qu’on laisse les multinationales dicter l’ordre du jour.
Une vraie résilience économique ne viendra jamais d’un capitalisme intégré au marché américain. Elle passe par des circuits courts : transformer ici ce qu’on produit ici, cesser d’exporter nos matières premières pour les racheter transformées, investir massivement dans l’agriculture locale et la manufacture coopérative. Elle passe aussi par des protections sociales musclées : contrôle des prix sur les biens essentiels, salaire minimum à 20$/h indexé, taxation des superprofits, réquisition publique des secteurs stratégiques. Bref, il faut arrêter de jouer à la victime géopolitique et reconnaître que notre vulnérabilité est le fruit d’une abdication politique délibérée devant le libre-échange et la financiarisation.
La guerre commerciale ne nous tombera pas dessus par hasard : elle révèle ce que nous savions déjà, que le système est construit pour que les chocs soient socialisés et les gains privatisés. Si on refuse de nommer les gagnants et les perdants, si on se contente de brandir des drapeaux en parlant d’unité nationale, alors la base continuera de payer pendant que les marges encaissent. Le moment est venu de choisir : accepter la précarité comme horizon ou bâtir une économie qui sert réellement celles et ceux qui la font tourner.





