La campagne s’ouvre sur un consensus toxique : tout le monde parle du coût de la vie, mais personne ne nomme les coupables. On nous promet la « stabilité », comme si l’inflation galopante, les loyers qui explosent et les salaires qui stagnent étaient des phénomènes météorologiques qu’il suffit de « gérer ». Derrière ce discours rassurant se cache une violence structurelle : celle d’une économie où les profits records des pétrolières et des géants de l’alimentation coexistent avec les files devant les banques alimentaires. La stabilité qu’on nous vend, c’est celle des rapports de force existants — les mêmes qui nous ont menés au précipice climatique et social.
Les partis traditionnels brandissent leurs plans économiques comme des boucliers contre l’incertitude, mais leurs solutions reconduisent exactement les logiques qui nous ont conduits ici. Austérité « responsable », attractivité pour les investisseurs, projets industriels carbonés présentés comme des solutions d’emploi : tout cela maintient une dépendance aux énergies fossiles et aux chaînes d’approvisionnement mondialisées qui amplifient chaque choc externe. Pendant ce temps, les jeunes familles calculent s’il faut manger ou payer le loyer, et on leur dit que l’économie doit rester « prévisible » pour les marchés. Pour qui, exactement, cette prévisibilité fonctionne-t-elle?
La guerre commerciale et les tensions géopolitiques sont présentées comme des menaces extérieures, mais elles révèlent surtout la fragilité d’un modèle fondé sur l’extraction et l’exportation. Le Québec mise sur des méga-projets miniers et énergétiques pour « sécuriser » son avenir économique, alors que ces mêmes projets alimentent la crise climatique qui déstabilise déjà nos récoltes, nos infrastructures, nos écosystèmes. Cette fuite en avant extractiviste n’est pas une solution : c’est une continuation du désastre, maquillée en pragmatisme électoral. Les emplois créés sont précaires, les profits s’évaporent vers les actionnaires, et les communautés locales héritent des dégâts environnementaux.
L’argument de la « responsabilité fiscale » sert systématiquement à justifier l’inaction face aux urgences sociales et climatiques. On nous répète qu’on ne peut pas se permettre un vrai programme de logement social, des services publics robustes ou une transition énergétique ambitieuse, mais on trouve toujours des milliards pour subventionner des corporations ou financer des infrastructures routières. Cette austérité sélective protège les privilèges et reporte le fardeau des crises sur les épaules des classes populaires, des jeunes et des travailleurs précaires. Pendant que les partis débattent de pourcentages de déficit, des gens dorment dans leur voiture et des étudiant·es abandonnent leurs études parce qu’ils ne peuvent plus suivre.
La question centrale de cette campagne devrait être brutalement simple : qui paie les crises, et qui profite des arbitrages politiques? Tant qu’on ne remettra pas en cause la concentration obscène de richesse, la marchandisation du logement, la privatisation rampante des services essentiels et notre dépendance au carbone, aucune « stabilité » ne viendra. Ce qui nous est vendu comme du réalisme est en fait une capitulation devant les intérêts financiers qui nous mènent collectivement au gouffre. Le vrai courage politique consisterait à nommer ces rapports de pouvoir et à construire une économie au service de la vie, pas des dividendes. Mais ça, aucun parti mainstream n’ose le promettre.





