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Acquisition Couche-Tard : 12 milliards et zéro honte

Alimentation Couche-Tard s’apprête à réaliser la plus grosse acquisition de son histoire: 12 milliards de dollars pour avaler un nouveau concurrent et étendre son empire du dépanneur à l’échelle continentale. Pendant que les analystes de Bay Street applaudissent et que les actionnaires se frottent les mains, personne ne semble vouloir poser la question qui tue: à qui profite vraiment cette concentration obscène du capital? Certainement pas aux caissières qui enchaînent les quarts de nuit à 15$ de l’heure, ni aux communautés qui voient leurs petits commerces disparaître, avalés par la machine à cash de Laval. Ce rachat titanesque n’est pas une victoire québécoise — c’est une démonstration brutale de pouvoir économique qui étrangle la concurrence et précarise le travail.

L’ampleur du chiffre donne le vertige: 12 milliards, c’est plus que le budget annuel de plusieurs ministères québécois combinés. C’est aussi la preuve que le commerce de détail n’appartient plus aux petits joueurs, mais à des géants qui accumulent des montagnes de liquidités pendant que leurs employés peinent à payer leur loyer. Couche-Tard contrôle déjà plus de 14 000 points de vente à travers le monde; cette nouvelle acquisition va encore resserrer l’étau. La concentration du capital dans le commerce de détail atteint des sommets obscènes: quelques entreprises monopolisent désormais les achats quotidiens de millions de personnes, dictent les prix, écrasent les fournisseurs locaux et imposent leurs conditions de travail dégradantes sans que personne ne puisse riposter.

Le récit triomphaliste qu’on nous sert — « fierté québécoise », « champion national », « succès entrepreneurial » — cache une réalité beaucoup plus sordide. Qui gagne dans cette histoire? Les actionnaires, évidemment, qui voient la valeur de leurs actions grimper. Les dirigeants, qui empochent des bonus stratosphériques. Mais qui paie? Les travailleuses et travailleurs qui subissent des horaires fractionnés, des contrats précaires, l’absence de régime de retraite décent et la pression constante de vendre toujours plus de cochonneries industrielles. Et qui disparaît du tableau? Les petits détaillants indépendants, les épiceries de quartier, les commerces familiaux qui n’ont aucune chance face à la machine Couche-Tard. Ce n’est pas du progrès, c’est de la prédation économique déguisée en réussite.

Parlons franchement des conditions de travail dans le commerce de détail et la logistique — secteurs célébrés uniquement quand les profits explosent, jamais quand les corps s’épuisent. Les employés de Couche-Tard, comme ceux de la plupart des chaînes, font face à des horaires imprévisibles, des salaires de misère, peu ou pas d’avantages sociaux, et une vulnérabilité constante face aux clients agressifs, surtout la nuit. Pendant que la direction célèbre ses conquêtes boursières, les syndicats peinent à s’implanter et les travailleuses continuent de compter leurs cennes pour boucler les fins de mois. L’expansion de Couche-Tard n’améliorera en rien ces conditions — au contraire, elle renforcera un modèle d’exploitation low-cost où l’humain est une variable ajustable, corvéable à merci.

Ce rachat monumental illustre une logique implacable: celle du pouvoir économique qui se concentre, s’auto-renforce et devient politique. Couche-Tard n’est pas qu’une entreprise qui vend du café et des chips — c’est un acteur qui façonne des politiques publiques, qui influence les lois du travail, qui impose ses normes à des milliers de municipalités. La prospérité privée de quelques-uns ne compense jamais l’affaiblissement des protections collectives: pendant que Couche-Tard accumule des milliards, les services publics s’effritent, les programmes sociaux sont sabordés, et l’idée même d’un État redistributif devient une relique. Le vrai scandale, ce n’est pas seulement l’acquisition à 12 milliards — c’est qu’on accepte ce système où la richesse s’accumule en haut pendant que les fondations sociales s’effondrent en bas. Il est temps de cesser d’applaudir les géants et de commencer à défendre les gens qu’ils écrasent.

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