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Argent comptant : entre déclin numérique et inclusion économique

La Banque du Canada a récemment réaffirmé l’importance stratégique de maintenir l’argent comptant comme moyen de paiement accessible à l’échelle nationale. Cette déclaration se veut une réponse aux craintes croissantes d’une société entièrement numérique, dans laquelle les populations les plus vulnérables — aîné·es, ménages à faible revenu et habitants des régions éloignées — risqueraient d’être exclues. Derrière ce rappel, un constat sobre : même si seulement 10 % des transactions se faisaient en argent liquide en 2023 selon la Banque, près de 80 % des Canadiens déclaraient vouloir que le cash demeure une option.

Les chiffres parlent : l’utilisation de l’argent comptant chute, mais ne s’efface pas. D’après Paiements Canada, entre 2015 et 2023, les paiements en argent ont diminué de moitié, tandis que les paiements par carte et téléphone intelligent enregistraient une croissance soutenue. Toutefois, les baisses sont inégalement réparties : dans les communautés rurales, le cash peut représenter jusqu’à 30 % des transactions. Le rôle de l’argent liquide dépasse donc la simple commodité : il demeure un outil d’inclusion, de contrôle budgétaire et, en cas de panne de réseau, un filet de sécurité essentiel.

Face à cette réalité, les grandes entreprises de la fintech comme Square, PayPal ou Koho adoptent une posture ambiguë. Officiellement, elles affirment appuyer l’inclusion financière. Mais dans les faits, leur modèle d’affaires repose sur des infrastructures numériques et des frais de service intégrés aux transactions électroniques. En rendant le cash moins acceptable dans les commerces, elles favorisent leur expansion tout en contournant les marges réglementaires du système bancaire traditionnel. Ce modèle peut accentuer certaines formes de précarité numérique pour les Canadiens qui n’ont ni smartphone, ni connexion fiable.

L’enjeu n’est pas le progrès technologique en soi, mais la vitesse et l’uniformité de sa mise en œuvre. Une société sans argent liquide pourrait, sans garde-fous, renforcer les inégalités existantes. Un rapport de la Financial Consumer Agency of Canada révélait en 2022 que plus de 15 % des adultes canadiens rencontrent des obstacles à l’adoption des services bancaires numériques. Cela inclut une combinaison de barrières linguistiques, technologiques et financières. Maintenir le cash ne bloque pas l’innovation — cela permet à chacun d’en bénéficier à son rythme.

En somme, la disparition du cash n’est ni imminente, ni souhaitable dans son état actuel. Elle constitue plutôt un stress test pour notre engagement collectif envers l’inclusion économique. Comme journaliste, l’intuition ne suffit pas : les données montrent que même marginalisé, le comptant demeure vital pour des millions de personnes. Il ne s’agit pas de résister au changement, mais d’exiger qu’il soit équitable. Si l’innovation doit avancer, qu’elle ne laisse personne derrière — ni par design, ni par négligence.

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