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Autoritarisme soft au Canada : algorithmes et exclusion systémique

À Ottawa, on aime bien se penser à l’abri des dérives qui secouent nos voisins du Sud. Mais sous l’apparente technocratie bienveillante du système administratif canadien se développe une inquiétante tendance : celle de faire de la neutralité bureaucratique un cheval de Troie pour des politiques de plus en plus excluantes. Derrière les portails digitaux et les formulaires impeccablement rédigés, c’est une logique froide de contrôle algorithmique et de filtrage ethnique qui s’installe, version 2.0 de l’État de droit à géométrie variable.

Le modèle canadien d’immigration en est l’illustration parfaite. Le recours croissant aux systèmes de pointage algorithmique — comme les « scores de capital humain » employés pour filtrer les candidats — prétend reposer sur des critères objectifs. Mais ces grilles soi-disant neutres reproduisent, et pire, légitiment, des biais systémiques. Le cas récent du refus massif de visas pour des étudiants africains illustre la manière dont l’administration canadienne s’inscrit dans une logique de soupçon par défaut, sans visage, mais non sans cible.

Cette tentation techno-légale n’est pas propre au Canada. Des Philippines à la France, on observe une montée de ce que certains juristes appellent des « régimes administratifs à effet d’exclusion », où le droit est géré comme une marchandise et la démocratie réduite à une interface. La logique devient transnationale : Big Data, petits droits. Et dans tous les cas, les plus touché·es sont toujours les mêmes — les migrant·es, les réfugié·es, les pauvres, les Noir·es et les personnes racisées.

Les ONG sur le terrain, comme Amnesty ou le Conseil canadien pour les réfugiés, tirent la sonnette d’alarme, évoquant un glissement dangereux vers un autoritarisme doux, où l’exclusion devient un bug assumé du système. Un activiste me confiait récemment : « Ce n’est pas qu’on ne veut plus de migrants, c’est qu’on ne veut plus leur parler. » L’écran remplace la frontière, l’email prend le relais du mur. C’est une politique de non-rencontre, aseptisée mais redoutablement efficace.

Face à cette contagion silencieuse, une réponse s’impose : la solidarité transnationale. Il est urgent de décloisonner nos luttes, de relier ce qui se passe à Montréal, à Rabat ou à La Paz. Car si l’exclusion voyage sans visa, nos résistances doivent apprendre à faire de même. Tolérer le tri numérique aujourd’hui, c’est ouvrir la porte à l’inégalité permanente demain. Et aucun pays, fût-il aussi poli que le Canada, ne devrait s’en tirer à si bon compte.

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