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Camps de jour au Québec : le care low-cost dénoncé

Deux enfants abandonnés pendant des heures dans une piscine municipale de Laval. Pas de surveillance, pas d’appel, pas de protocole suivi. L’histoire qui a secoué le Québec en juin dernier n’est pas qu’un accident isolé, c’est le symptôme brûlant d’un système qui privatise le soin tout en refusant d’assumer la responsabilité collective. Les camps de jour, ces espaces où des milliers de parents confient leurs enfants chaque été, opèrent dans un vide réglementaire hallucinant. Pas d’inspection obligatoire, pas de ratios imposés, pas de formation minimale garantie pour les animateurs. On délègue la tâche immense de prendre soin de nos jeunes à des organismes sous-financés, puis on s’étonne quand la machine déraille. Ce n’est pas de la négligence individuelle, c’est de la violence structurelle.

Le modèle économique des camps de jour québécois repose sur une logique perverse: externaliser le care, en couper les vivres, et compter sur le dévouement de travailleurs précaires payés au salaire minimum pour colmater les failles. Les municipalités et les OBNL qui organisent ces camps fonctionnent avec des budgets ridicules, sans encadrement provincial digne de ce nom. Résultat? Des animateurs de 16 ans qui gèrent 20 enfants sans formation adéquate, des ratios qui explosent dès qu’un collègue manque à l’appel, des protocoles de sécurité qui existent sur papier mais s’évaporent sous la pression du quotidien. Quand un drame survient, on pointe du doigt l’employé au bas de l’échelle, mais jamais le système qui l’a placé là, sans outils, sans filet.

Cette affaire révèle une tendance plus large: la privatisation du risque dans tous les secteurs du soin. Que ce soit les CHSLD privés où nos aînés meurent dans l’indignité, les services de garde éducatifs surchargés, ou maintenant les camps de jour, le pattern est identique. L’État se désengage, délègue à des acteurs privés ou communautaires en leur coupant les fonds, puis se lave les mains quand ça explose. La collectivité paie le prix social et psychologique des traumatismes, mais les règles restent floues, les inspections inexistantes, les sanctions symboliques. On socialise les pertes, on privatise les profits et la responsabilité morale. C’est le néolibéralisme dans toute sa laideur: transformer le care en marchandise bon marché, puis blâmer les individus quand le système craque.

Pour les familles touchées, le choc est immense. La confiance brisée, l’angoisse permanente, la culpabilité de ne pas avoir pu protéger son enfant. Pour les travailleurs de première ligne, c’est le trauma d’avoir failli, même si les conditions les condamnaient à l’échec. Ces animateurs, souvent jeunes, passionnés, engagés, se retrouvent seuls face à des responsabilités écrasantes. Ils portent sur leurs épaules une charge émotionnelle et légale que la société refuse d’assumer collectivement. Et les enfants? Ils intériorisent l’abandon, le message implicite que leur sécurité ne vaut pas l’investissement nécessaire. Ce ne sont pas des dommages collatéraux acceptables, ce sont des cicatrices que nous infligeons en refusant de financer et d’encadrer dignement le soin.

Il faut des normes claires, des inspections systématiques, des ratios obligatoires, une formation obligatoire pour tous les animateurs. Il faut des budgets décents qui permettent d’embaucher suffisamment de personnel, de payer des salaires dignes qui attirent des gens qualifiés. Il faut des sanctions réelles pour les organismes qui ne respectent pas les règles, pas juste des excuses publiques et des promesses creuses. Mais surtout, il faut un changement de paradigme: reconnaître que le soin n’est pas une dépense à minimiser, mais un investissement collectif essentiel. Tant qu’on traitera les camps de jour, les garderies, les CHSLD comme des postes budgétaires à comprimer, on continuera à abandonner nos enfants, nos aînés, nos plus vulnérables. Le vrai scandale, ce n’est pas l’oubli de deux enfants à la piscine. C’est qu’on continue de fermer les yeux sur le système qui rend ces oublis inévitables.

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