Camille_Dufresne_2026-08-26_ccq_piratee_les_ouvriers_paient_la_facture

Cyberattaque CCQ : les ouvriers paient la facture

Une cyberattaque a frappé la Commission de la construction du Québec cette semaine, paralysant les services essentiels dont dépendent des dizaines de milliers d’ouvrières et d’ouvriers pour simplement travailler. Les cartes de compétence bloquées, les certificats en suspens, les relevés d’emploi inaccessibles : encore une fois, ce sont les corps sur les chantiers qui encaissent les ratés d’un État numérique bricolé à rabais. Pendant que les dirigeants parlent de « résilience » et de « cybersécurité renforcée », des gens attendent dans le vide, privés de revenus, exclus des chantiers, invisibles dans les statistiques ministérielles.

Cette attaque n’est pas un accident technique : c’est le symptôme brutal d’un sous-investissement chronique dans les infrastructures publiques numériques. Pendant que Québec multiplie les partenariats privés juteux avec des géants du cloud et des consultants en TI à 200 $ l’heure, les systèmes internes de la CCQ tournent sur du patrimoine technologique rapiécé, vulnérable, administré à la petite semaine. On parle ici d’une institution qui gère les droits, les salaires et la sécurité de 200 000 travailleuses et travailleurs de la construction. Et on découvre qu’elle est aussi fragile qu’une porte de garage laissée ouverte.

Les conséquences concrètes sont immédiates et brutales. Des sous-traitants incapables de vérifier la validité des cartes, des chantiers qui refusent des travailleur·euses qualifié·es faute de confirmation en temps réel, des retards dans le versement des cotisations syndicales et des avantages sociaux. Sans accès aux plateformes de la CCQ, c’est tout l’écosystème du travail de la construction qui se grippe. Et qui trinque ? Pas les cadres à Québec. Pas les consultants en informatique. Ce sont les gars et les filles qui ont besoin de leur paie vendredi, qui doivent prouver leur accréditation lundi matin, qui vivent dans l’économie du « juste-à-temps » imposée par un marché déjà hostile.

Parlons franchement : où est passée la souveraineté technologique publique ? Pourquoi confions-nous les données sensibles de centaines de milliers de travailleuses et travailleurs à des systèmes dont personne ne maîtrise vraiment l’architecture ? Pourquoi acceptons-nous que l’État québécois, qui réclame allégeance fiscale et loyauté citoyenne, soit incapable de garantir la sécurité minimale de ses propres infrastructures numériques ? La réponse est idéologique : parce qu’on a sacrifié le service public sur l’autel de l’austérité, de l’externalisation, du mépris pour l’expertise interne. Résultat : quand ça pète, c’est le chaos.

Cette cyberattaque à la CCQ doit sonner l’alarme. Elle révèle la fragilité d’un modèle où l’État se désengage, où le numérique public devient un champ de ruines, où les travailleuses et travailleurs sont les premiers à payer le prix de la négligence bureaucratique. Il est temps d’exiger un réinvestissement massif dans les infrastructures technologiques publiques, une véritable souveraineté numérique, des équipes permanentes compétentes et protégées. Sinon, la prochaine attaque ne fera que confirmer ce qu’on sait déjà : quand l’État craque, ce sont toujours les mêmes qui tombent.

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