Alors que Wall Street a clôturé la semaine de Noël sur de nouveaux sommets, le Canada annoncait un déficit de 18,4 milliards de dollars pour la première moitié de son année fiscale. Ce contraste saisissant illustre une tendance répétée : la prospérité des marchés financiers ne garantit ni la santé des finances publiques, ni l’équité dans la répartition des richesses. Bien au contraire, ces croissances boursières alimentées par la spéculation et le rachat d’actions masquent souvent une érosion du filet social financé par l’État.
Depuis avril, les revenus de l’État canadien stagnent pendant que les dépenses augmentent sous la pression démographique et inflationniste. Le poids fiscal pèse plus lourdement sur les revenus du travail que sur ceux du capital, ce qui crée un fossé entre ceux qui profitent de la montée des actions et ceux qui voient leurs services publics s’effriter. Selon Statistique Canada, les 20 % les plus riches ont accru leur patrimoine de plus de 30 % depuis 2019, tandis que l’accès à des soins de santé de qualité ou à des services d’éducation publics continue de se restreindre pour une majorité de ménages canadiens.
Historiquement, des périodes de forte croissance boursière comme les années 1990 s’accompagnaient aussi d’excédents budgétaires – en grande partie grâce à une fiscalité plus progressive et une croissance de l’emploi mieux partagée. Aujourd’hui, les profits des entreprises sont davantage captés par les actionnaires et fiscalement protégés à l’étranger, réduisant d’autant les revenus de l’État. Cela rend la finance publique plus vulnérable et les investissements sociaux, plus difficilement soutenables, même en période de croissance globale.
Les conséquences sont concrètes : vieillissement des infrastructures scolaires, délais record dans les hôpitaux, stress dans les administrations publiques. Derrière les chiffres, il y a des infirmières en surcharge, des enseignants épuisés et des familles qui attendent des services essentiels. En opposant la vitalité hypothétique du marché à l’effritement palpable du service public, le Canada s’expose à un déséquilibre social croissant.
Des solutions fiscales existent : imposer efficacement les plus-values, réduire les échappatoires fiscales via les paradis fiscaux, ou ajuster l’imposition sur les profits exceptionnels. Le FMI lui-même appelle à une fiscalité plus équitable pour nourrir une croissance inclusive. Redonner des moyens à l’État, ce n’est pas freiner l’économie : c’est garantir qu’elle serve à quelque chose de plus grand que les indices boursiers. Car sans services publics solides, aucune croissance ne sera durablement partagée.





