Le gouvernement Legault se réjouit : le déficit québécois fond de 2,8 milliards comme neige au printemps fiscal. Applaudissements dans les cabinets ministériels, chiffres rassurants brandis comme trophées de « bonne gestion ». Mais pendant que les comptables caquistes célèbrent leur révision à la baisse, les militant·es climatiques, les locataires chassé·es de leurs logements et les travailleur·euses de la santé se demandent : où est passé l’argent pour nos urgences vitales? Cette réduction comptable n’est pas une victoire, c’est le symptôme d’un gouvernement qui improvise ses grands projets pour ensuite se féliciter de ne pas avoir tout gaspillé. La vérité brutale : un déficit moins catastrophique que prévu ne transforme pas une gestion chaotique en modèle de rigueur.
Creusons sous le vernis des communiqués triomphants. Si l’écart budgétaire diminue, c’est largement parce que certains projets annoncés à grands renforts de conférences de presse n’ont jamais vraiment décollé — pensons aux milliards promis pour Nemaska Lithium ou aux ambitions pharaoniques de Northvolt. François Legault adore jouer au premier ministre-PDG, multipliant les annonces d’investissements supposément « historiques » sans évaluation sérieuse des risques ni consultation citoyenne. Résultat : quand ces châteaux de cartes industriels s’effondrent ou traînent en longueur, on se retrouve avec des enveloppes non dépensées. Ce n’est pas de la prudence budgétaire, c’est de l’incompétence déguisée en bonne fortune comptable.
Pendant ce temps, nos véritables priorités crèvent de sous-financement chronique. Les listes d’attente en santé mentale explosent, le réseau de transport collectif suffoque faute d’investissements structurants, et la transition écologique — celle qui devrait mobiliser chaque dollar disponible — reste au stade des pieux discours. Quand Eric Girard, ministre des Finances, se pavane devant un déficit réduit, il oublie de mentionner les milliards qui manquent pour isoler nos bâtiments, décarboner notre économie ou simplement garantir un toit abordable à des milliers de familles. L’argent non dépensé dans des projets industriels mal ficelés aurait pu sauver des vies, protéger des écosystèmes, construire une société plus juste. Au lieu de ça, il sert d’argument électoral creux.
Ce que révèle cette histoire de déficit « dégonflé », c’est l’absence totale de vision cohérente à Québec. La CAQ gouverne au gré des modes économiques — un jour le lithium, le lendemain l’hydrogène, toujours avec la même arrogance technocratique — sans jamais soumettre ces paris risqués à un débat démocratique sérieux. Les communautés autochtones dont les territoires sont convoités pour ces méga-projets? Consultées pour la forme. Les expert·es en économie écologique qui sonnent l’alarme? Ignoré·es. Les jeunes qui manifestent pour une planification budgétaire alignée sur les limites planétaires? Traité·es en enfants gâté·es. Cette improvisation budgétaire n’est pas neutre : elle reflète un choix politique — celui de privilégier les fantasmes extractivistes aux besoins réels de la population.
Alors oui, réduire un déficit peut être positif si cela découle d’une gestion rigoureuse et transparente. Mais célébrer cette correction comme une victoire, c’est insulter notre intelligence collective. Nous avons besoin d’une budgétisation radicalement différente : participative, écologique, centrée sur le bien-être plutôt que sur les mirages industriels. Chaque dollar public devrait être soumis au test de la justice sociale et climatique. Combien d’emplois verts crée-t-on? Combien de tonnes de GES évite-t-on? Combien de logements sociaux finance-t-on? Le vrai déficit du Québec n’est pas comptable — il est démocratique, éthique, écologique. Et celui-là, aucun tour de passe-passe ministériel ne le fera disparaître.





