La rentrée 2026 au Collège LaSalle s’annonce sous le signe de l’angoisse. Alors que des milliers d’étudiants s’apprêtent à franchir les portes de cette institution montréalaise réputée, une dette colossale de 47 millions de dollars plane comme une menace sur leurs parcours. Des corridors qui devraient bourdonner d’espoir résonnent plutôt d’incertitude : les cours débuteront-ils à temps? Les programmes seront-ils maintenus? Qui paiera la facture quand un empire éducatif privé chancelle? Derrière les façades de verre et les promesses de carrière, c’est toute la mécanique perverse d’un système qui privatise les profits et socialise les crises qui se révèle au grand jour.
Cette dette vertigineuse n’est pas tombée du ciel. Elle témoigne d’une gestion axée sur l’extraction de valeur plutôt que sur la mission éducative. Pendant des années, LaSalle a fonctionné comme une entreprise lucrative, encaissant les frais de scolarité élevés d’étudiant·es souvent endetté·es, tout en distribuant dividendes et salaires de dirigeants. Mais lorsque la machine à cash s’enraye, c’est l’État québécois — donc nos impôts — qui devra probablement intervenir pour éviter l’effondrement. On connaît la chanson : les revenus restent privés, les pertes deviennent publiques. L’éducation transformée en fonds de commerce, avec la complicité tacite d’un gouvernement qui laisse faire.
Les premières victimes de ce naufrage annoncé, ce sont les étudiants et le personnel. Plusieurs jeunes ont investi leurs économies, contracté des prêts, quitté leur région ou leur pays pour étudier à LaSalle. Aujourd’hui, ils se retrouvent dans un no man’s land administratif, sans garantie que leurs diplômes seront reconnus, que leurs stages se tiendront, que leurs projets de vie tiendront la route. Le personnel enseignant et de soutien, souvent précaire, vit dans la peur des mises à pied et des compressions. Pendant ce temps, les actionnaires et cadres qui ont profité de l’âge d’or de l’institution sont déjà ailleurs, portefeuilles bien garnis.
Ce cas n’est pas isolé : il incarne la fragilité systémique d’un modèle éducatif où le privé occupe une place démesurée sans véritable reddition de comptes. Collèges privés subventionnés, universités corporatisées, partenariats public-privé opaques : partout, la logique marchande grignote le droit à l’éducation. On nous vend l’efficacité du secteur privé, mais c’est l’État qui ramasse les pots cassés quand ça dérape. Pendant ce temps, les cégeps publics manquent de ressources, les universités publiques sont sous-financées, et on continue de traiter l’éducation comme un produit de consommation plutôt qu’un bien commun.
Il est temps de remettre les pendules à l’heure. L’État québécois doit intervenir, non pas pour sauver des actionnaires, mais pour protéger les droits des étudiants et du personnel. Il faut nationaliser LaSalle ou créer un mécanisme de reprise publique, garantir la continuité des parcours, enquêter sur la gestion financière et imposer des normes strictes à toutes les institutions privées subventionnées. Surtout, il faut reconnaître que l’éducation ne peut pas être un casino où certain·es spéculent pendant que d’autres paient la note. La rentrée de LaSalle devrait être un électrochoc : tant qu’on laissera le privé dicter les règles du jeu éducatif, ce sont nos jeunes et notre avenir collectif qui en feront les frais.





