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Fiscalité écologique: le Canada oublie des milliards

Lorsque l’on regarde de plus près la fiscalité écologique au Canada, un constat saute aux yeux : le pays est un élève en retard dans la classe de l’OCDE. Selon les dernières données de l’organisme, les revenus tirés des taxes environnementales représentaient en 2022 à peine 1,3 % du PIB canadien, contre une moyenne de 2,1 % dans les autres pays industrialisés. Ce différentiel, apparemment modeste, équivaut néanmoins à plusieurs milliards en recettes fiscales non perçues chaque année.

Ces recettes manquées ne sont pas qu’un problème budgétaire abstrait. Une modélisation réalisée à partir des chiffres du Conference Board du Canada suggère qu’en alignant nos taux de taxation environnementale sur la moyenne de l’OCDE, Ottawa pourrait générer entre 15 et 20 milliards de dollars annuellement. Ces fonds pourraient soutenir des investissements dans le transport en commun, l’adaptation aux changements climatiques ou la transition énergétique, autant de domaines actuellement sous-financés malgré leur importance stratégique.

Le retard canadien s’explique en partie par la résistance soutenue de certains groupes économiques. Les industries extractives et de transport ont longtemps plaidé que des hausses de taxes écologiques nuiraient à la compétitivité et à l’emploi. Pourtant, des études comme celle de l’Université de Lund montrent que dans les pays ayant mis en place des écofiscalités plus ambitieuses, les effets négatifs sur l’emploi sont généralement faibles, voire positifs lorsqu’une partie des revenus est remise aux ménages.

La solution ne passe pas uniquement par une taxe carbone plus élevée. D’autres leviers existent : taxes sur les engrais azotés, redevances d’extraction, modulation des droits d’immatriculation en fonction des émissions. La fiscalité écologique, bien conçue, peut favoriser des comportements plus verts, tout en alimentant les finances publiques de manière progressive. Une étude du FMI souligne qu’une telle approche combinée maximise l’efficience et l’acceptabilité sociale.

En définitive, derrière le jargon de l’« écofiscalité » se trouve une question profondément humaine : voulons-nous continuer à subventionner, indirectement, la pollution, ou investir dans des services publics qui renforcent à la fois notre résilience collective et notre justice sociale ? Refuser d’agir, c’est condamner des générations futures à payer la note. Revenons à une politique guidée à la fois par la raison économique et la responsabilité éthique.

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