On nous avait vendu la transition verte, la fierté d’une filière batterie québécoise, le storytelling progressiste d’un gouvernement gestionnaire responsable. Résultat ? 1,2 milliard de dollars publics engloutis dans deux carcasses industrielles – Nemaska Lithium et Lithion Technologies – sans reddition de comptes digne de ce nom, sans débat démocratique, dans une opacité qui pue la complaisance et le mépris. Pendant que la CAQ joue les comptables rigoureux devant les caméras, elle signe en catimini des chèques vertigineux pour sauver des projets privés défaillants. Et quand un employé ose lever la main, dire tout haut ce que tout le monde sait tout bas ? On le congédie. Bienvenue dans le Québec de la « bonne gestion », où la vérité est une faute grave et le gaspillage, une politique d’État.
Ce scandale n’est pas qu’une affaire de millions évaporés : c’est une leçon brutale sur qui décide, qui paie, qui profite. Les citoyens ? Tenus dans le noir. Les parlementaires ? Informés après coup, quand les engagements sont déjà coulés dans le béton des contrats secrets. Les syndicats, les communautés locales, les groupes environnementaux ? Priés de se taire pendant que l’élite économique et politique négocie à huis clos l’avenir collectif. Cette filière batterie, présentée comme le futur glorieux du Québec, se bâtit sur les ruines de la transparence démocratique. On privatise les profits potentiels, on socialise les pertes réelles, et on nous demande d’applaudir parce que c’est « vert ». Mais une transition écologique menée dans l’ombre, sans consentement populaire, sans contrôle citoyen, ce n’est pas de l’écologie : c’est du colonialisme industriel repeint en batterie électrique.
Pendant ce temps, dans le vrai Québec – celui que les ministres visitent en char blindé lors des campagnes –, les besoins crient. 1,2 milliard, c’est des milliers de logements sociaux jamais construits. C’est des CHSLD qui croulent, des écoles où il pleut dans les classes, des services de santé mentale inexistants, des forêts qu’on laisse brûler faute de pompiers et de prévention. C’est des étudiant·es écrasé·es de dettes, des travailleuses précaires à deux jobs, des aîné·es abandonné·es. Mais non : priorité aux mégaprojets extractivistes, aux promesses technologiques qui enrichissent quelques actionnaires et laissent la facture au public. Le message est clair : vos besoins ne pèsent rien face aux appétits du capital, même habillés de lithium et de batteries vertes.
Et puis il y a ce lanceur d’alerte viré, figure sacrifiée sur l’autel de l’omertà corporatiste. Cet employé qui a osé documenter les dérives, pointer les chiffres qui fâchent, briser le silence confortable. Sa récompense ? La porte, l’humiliation, l’effacement. Son cas n’est pas isolé : c’est le symptôme d’un système malade, où dire la vérité devient un acte de résistance puni comme une trahison. Pendant que les dirigeants responsables des débâcles empochent leurs bonis et glissent vers d’autres postes dorés, ceux qui refusent de courber l’échine se retrouvent au chômage. Ce renversement moral – où l’honnêteté est sanctionnée et l’incompétence récompensée – devrait nous révolter. Il révèle la vraie nature du pouvoir : une machine à protéger ses élites, à écraser les dissidences, à perpétuer l’impunité.
Il est temps d’exiger autre chose. Pas juste des excuses ou des commissions bidon, mais un changement radical de logique : la socialisation des industries stratégiques, la transparence totale sur l’usage des fonds publics, le contrôle démocratique réel – pas cosmétique – sur les grands projets. La transition écologique ne peut pas être confiée aux mêmes mécanismes qui nous ont menés au désastre climatique : le secret, le profit privé, l’extraction sans fin. Elle doit être populaire, ouverte, juste, ou elle ne sera qu’un nouveau mensonge green. Les 1,2 milliard perdus dans le lithium ne sont pas une erreur comptable : c’est un choix politique, celui de servir le capital plutôt que le vivant. Et ce choix, on peut encore le refuser, le combattre, le renverser. À condition de cesser de croire leurs histoires et de commencer à écrire les nôtres.





