Mark Carney qualifie les négociations avec l’administration Trump de «tough» lors d’une visite au Saguenay. Le mot sonne bien, résonne dans les médias, projette une image de fermeté. Mais derrière cette posture diplomatique se cache une réalité beaucoup plus préoccupante : notre dépendance structurelle aux États-Unis expose nos travailleurs, nos chaînes d’approvisionnement et nos régions à des risques économiques que le vocabulaire martial ne résoudra pas. Selon Statistique Canada, 75% de nos exportations prennent la route du sud, et cette concentration fait du Canada un preneur de prix plutôt qu’un négociateur en position de force.
Les secteurs régionaux comme l’aluminium au Saguenay, le bois d’œuvre en Colombie-Britannique ou l’automobile en Ontario subissent directement les fluctuations tarifaires et les caprices politiques américains. Une étude du Conference Board du Canada estime qu’une guerre commerciale prolongée pourrait effacer jusqu’à 150 000 emplois manufacturiers d’ici deux ans. Ces chiffres ne sont pas abstraits : ce sont des familles, des hypothèques, des communautés entières dont l’avenir repose sur une relation commerciale asymétrique que nous n’avons jamais vraiment cherché à rééquilibrer.
Parler de fermeté sans stratégie industrielle concrète revient à brandir un bouclier en carton. La diversification commerciale vers l’Europe et l’Asie-Pacifique reste marginale malgré les accords signés. Les investissements fédéraux en innovation et en transition juste demeurent insuffisants pour transformer notre structure économique. Pendant ce temps, les États-Unis de Trump misent sur le protectionnisme agressif, sachant pertinemment que nous n’avons pas d’alternative crédible à court terme.
Ce qu’il faut aux travailleurs canadiens, ce n’est pas un discours de campagne sur la «ténacité» dans les négociations, mais des politiques économiques mesurables : fonds d’ajustement pour les secteurs vulnérables, programmes de reconversion professionnelle, soutien aux PME exportatrices pour diversifier leurs marchés, et investissements massifs dans les technologies vertes qui réduiront notre exposition aux cycles économiques américains. Une transition juste ne se décrète pas, elle se finance et se planifie.
La rhétorique de la fermeté peut rassurer temporairement l’électorat, mais les données économiques rappellent l’urgence d’une refonte en profondeur de notre modèle commercial. Si nous voulons vraiment protéger nos emplois et nos régions, il faut dépasser les postures et construire une résilience économique basée sur la diversification, l’innovation et la solidarité avec les travailleurs en première ligne. C’est là que se mesure la véritable force d’un pays : non pas dans la dureté de ses mots, mais dans la solidité de ses structures économiques.





