1,2 milliard de dollars. C’est le prix que vous et moi avons payé pour Nemaska Lithium et Lithion Technologies, deux joyaux promis de la « transition verte » québécoise, aujourd’hui engloutis dans une opacité digne d’un État policier. Pendant que les ministres se drapent dans le secret commercial, des lanceurs d’alerte sont poursuivis, menacés, réduits au silence. Le message est limpide : notre argent ne nous appartient plus. Il appartient à une élite qui a peur de la vérité, qui protège ses échecs à coups de lois bâillons et qui transforme la démocratie en spectacle sans substance. Nemaska n’est pas un accident industriel. C’est un symptôme : celui d’un pouvoir qui confond transparence et trahison.
Chaque dollar investi dans ces projets miniers venait de nos poches. De l’infirmière de Rimouski qui attend une place en CHSLD pour sa mère. Du prof précaire de Montréal-Nord qui surveille ses fins de mois. De la jeune maman de Saguenay qui voit fondre les services de garde. Mais quand ces milliards partent en fumée, personne ne nous doit d’explication. On nous sert des communiqués aseptisés, des « restructurations stratégiques », des « pivots industriels ». Pendant ce temps, les cadres qui ont piloté le naufrage négocient leurs primes de départ à huis clos, et les ministres invoquent la « confidentialité » pour éviter les questions embarrassantes. L’argent public, c’est devenu le terrain de jeu d’une caste qui ne rend de comptes qu’à elle-même.
Et quand quelqu’un ose lever le voile, l’État sort les crocs. Le lanceur d’alerte qui a osé documenter les ratés de Lithion ? Poursuivi, menacé de poursuites judiciaires, traité comme un criminel. Pas comme un citoyen courageux qui défend l’intérêt collectif, non : comme un traître. Ce retournement est obscène. Il révèle que pour nos gouvernants, la loyauté n’est pas envers le peuple, mais envers le système. Un système où l’opacité remplace le débat, où la confidentialité sert de bouclier contre la responsabilité, où la parole citoyenne est une menace à neutraliser. Punir celui qui parle, c’est avouer qu’on a quelque chose à cacher. Et manifestement, ils ont beaucoup à cacher.
Parce que sans transparence, il n’y a pas de démocratie réelle. Il y a des élections, certes, des discours, des promesses. Mais une démocratie sans contre-pouvoir, c’est une coquille vide. Quand les contribuables ne savent pas où va leur argent, quand les décisions se prennent dans le dos du peuple, quand les erreurs coûteuses sont étouffées par le secret, on n’a plus un gouvernement : on a une oligarchie déguisée. Nemaska et Lithion sont les symboles parfaits de cette dérive. Des investissements massifs, décidés en coulisses, justifiés par des PowerPoint vendeurs, et qui finissent en gouffres financiers. Pendant que les citoyens paient, les responsables s’en tirent. Pendant que les écoles manquent de fonds, les ministres protègent leurs amis dans les conseils d’administration.
Alors il faut poser les vraies questions. Où va chaque dollar de nos impôts ? Qui profite vraiment de ces mégaprojets verts financés à même nos poches ? Pour qui travaille l’État : pour nous, ou pour les actionnaires et les consultants ? Il est temps d’exiger une transparence radicale, ligne par ligne, contrat par contrat. Il est temps de protéger légalement ceux qui osent dénoncer, au lieu de les traîner devant les tribunaux. Il est temps de comprendre que l’argent public n’est pas une faveur que l’État nous fait : c’est notre bien commun, arraché à notre travail. Et si nos gouvernants refusent de rendre des comptes, alors c’est à nous, dans la rue, dans les médias, dans chaque espace de résistance, de les y forcer. Parce que la démocratie ne se quémande pas. Elle se conquiert.





