Les données récentes confirment une réalité que plusieurs observateurs redoutaient : la transition vers l’électrique patine aux États-Unis. Ford a annoncé une chute marquée de ses ventes de véhicules électriques (VÉ), tout comme GM et d’autres manufacturiers. Loin d’être un revers isolé, ce recul illustre une faille structurelle : les politiques industrielles américaines peinent à soutenir cette transition technologique avec la rigueur et l’ambition requises. Malgré les promesses du Inflation Reduction Act, l’écosystème de la mobilité propre reste inégalement soutenu et peu cohérent.
Au cœur du problème : l’accessibilité. Tandis que les constructeurs misent encore sur des modèles haut de gamme, les consommateurs, eux, réclament des choix économiques et pratiques. Les crédits d’impôt sont complexes, les critères d’admissibilité restrictifs, et les réseaux de recharge demeurent largement insuffisants, en particulier hors des grands centres urbains. Résultat : même les acheteurs sensibles à l’environnement hésitent à franchir le pas. À l’opposé, le Canada et certains pays européens comme la Norvège ou l’Allemagne favorisent une adoption plus large à travers une combinaison d’incitatifs directs, d’infrastructures publiques solides, et de réglementation plus ferme sur les émissions des véhicules thermiques.
Il serait simpliste de rejeter la faute sur les consommateurs. C’est plutôt l’effet d’un cadre fédéral hésitant, où les signaux envoyés aux investisseurs sont brouillés par des reculs politiques et une polarisation extrême sur le climat. L’exemple du Canada démontre qu’une coordination entre les gouvernements provinciaux et le fédéral peut accélérer l’électrification du parc automobile — Ottawa ayant notamment investi massivement dans les bornes de recharge et la production locale de batteries. Quant à l’Europe, ses cibles de neutralité carbone d’ici 2035 ont forcé les mains des industriels tout en leur offrant un accompagnement financier crédible.
Ce ralentissement américain n’est pas qu’un enjeu domestique. Il envoie un signal mondial : si la première puissance économique mondiale hésite à verdir son transport, les efforts internationaux pour limiter le réchauffement seront d’autant plus complexes. D’un point de vue économique, cela ralentit aussi l’innovation et retarde les économies d’échelle qui pourraient rendre les VÉ abordables globalement. Par ailleurs, la Chine — désormais leader incontesté en la matière — profite de cet essoufflement pour consolider sa domination industrielle, tant en exportation de véhicules qu’en contrôle des chaînes d’approvisionnement stratégiques comme le lithium.
Les projections pour 2026 sont donc nuancées. Si les taux d’intérêt élevés et la faiblesse relative des incitatifs persistent, la part de marché des VÉ risque de plafonner autour de 10 à 15 % aux États-Unis, bien en deçà des objectifs climatiques. Toutefois, une relance politique coordonnée — incluant des subventions ciblées, une stratégie industrielle nationale verte et un appui accru aux ménages à faible revenu — pourrait inverser la tendance. À condition, bien sûr, que l’empathie envers les réalités sociales guide les décisions autant que les impératifs économiques et environnementaux.





