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Quand la gouvernance de l’IA devient affaire de conglomérats

La montée en puissance de SoftBank dans le capital d’OpenAI, qui atteint désormais 11 %, illustre un tournant dans la structuration de l’intelligence artificielle : derrière les progrès technologiques se profile une concentration croissante du pouvoir. Cet investissement, relayé le 30 décembre par La Presse, s’inscrit dans une stratégie plus large du géant japonais visant à contrôler des nœuds clés de l’innovation, alors même que des doutes sérieux persistent quant à la gouvernance d’OpenAI, déjà secouée par des luttes internes et des choix opaques. En croisant capital-risque, influence politique et croissance exponentielle, SoftBank devient non seulement actionnaire, mais aussi arbitre de trajectoires technologiques déterminantes.

Le risque principal de cette concentration? Une captation des bénéfices et des choix éthiques de l’IA par une poignée d’acteurs, sans réel contre-pouvoir démocratique. Les structures hybrides, mi-organisations à but non lucratif, mi-entreprises à profit comme OpenAI, posent un problème fondamental de légitimité : à qui rendent-elles des comptes? À leurs investisseurs, à leurs usagers ou aux citoyens dont les vies seront transformées par ces systèmes? Dans un récent rapport du MIT (2024), 72 % des experts interrogés jugeaient « inadéquate » la gouvernance actuelle de l’IA générative, pointant l’absence de transparence et la faible redevabilité sociale comme des menaces majeures.

Cette tendance à la consolidation autour de conglomérats technologiques reproduit des dynamiques déjà observées dans les télécoms, l’énergie ou les médias, mais avec un facteur aggravant : la vitesse du progrès dépasse celle des mécanismes de régulation. Or, là où des autorités comme l’ARCEP ou l’AMF imposent des équilibres dans d’autres industries en France, aucun équivalent robuste ne régule actuellement l’architecture de base des intelligences artificielles. Dans l’UE, la loi sur l’IA avance, mais à petits pas, tandis que les investissements privés continuent de définir les priorités systémiques.

Face à cette asymétrie, plusieurs voix s’élèvent – chercheurs, ONG, syndicats – pour réclamer une IA d’intérêt public. Cela ne signifie pas une IA étatique, mais une IA soumise à des principes de régulation ouverte, d’accès universel et de responsabilité démocratique. Des modèles alternatifs émergent : en France, l’initiative « IA pour tous » portée par une coalition de labos publics et de collectifs citoyens propose un cadre de développement participatif, auditables par des instances indépendantes. Leur plaidoyer rejoint une idée simple : la technologie ne peut être neutre si elle est structurée par des intérêts qui ne le sont pas.

Au fond, la question posée par SoftBank et OpenAI n’est pas seulement économique, elle est politique. Si leurs choix stratégiques façonnent les outils qui organiseront demain nos vies, alors ces choix doivent être débattus, encadrés, régulés. La démocratie ne peut rester spectatrice d’un secteur qui pourrait bientôt décider de ce qui est vrai ou faux, prioritaire ou négligeable, au nom de la seule efficacité ou rentabilité. Empathie et données doivent ici se conjuguer pour infléchir la trajectoire : car une IA conçue sans nous pourrait bientôt se retourner contre nous.

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