Le gouvernement fédéral vient d’annoncer qu’il met fin aux redevances imposées aux grands diffuseurs numériques, cédant aux pressions de Google, Meta et consorts. Le ministre Lightbound défend cette capitulation honteuse en parlant de « compétitivité » et de « modernisation ». Traduction : on offre notre souveraineté culturelle sur un plateau d’argent aux multinationales qui refusent de payer leur juste part. Pendant que nos créateur·rices et nos médias locaux crèvent de faim, Ottawa roule le tapis rouge aux GAFAM qui vampirisent nos données, notre attention et maintenant, officiellement, notre dignité collective.
Ce recul n’est pas un accident, c’est une stratégie. Depuis des décennies, le discours néolibéral nous martèle qu’il faut être « compétitifs », « attractifs », « flexibles » pour survivre dans l’économie mondialisée. En réalité, ce vocabulaire aseptisé masque une dépossession politique brutale : l’État abandonne son rôle de protecteur du bien commun pour devenir le valet des intérêts privés transnationaux. Chaque fois qu’on baisse les impôts des corporations, qu’on démantèle des réglementations ou qu’on sabote le financement public de la culture, on transfère du pouvoir des mains démocratiques vers les conseils d’administration de San Francisco et Seattle. Cette complaisance systémique n’enrichit personne sauf les actionnaires.
La culture n’est pas un luxe, c’est un territoire de lutte. Quand l’État cesse de financer la création locale, ce sont les voix marginalisées qui disparaissent en premier : les artistes racisé·es, queers, autochtones, les journalistes indépendant·es qui dénoncent l’injustice, les récits qui nous permettent de nous reconnaître et de résister ensemble. Les plateformes numériques ne remplaceront jamais cet écosystème fragile, parce qu’elles n’ont aucun intérêt à le faire. Leur modèle d’affaires repose sur l’homogénéisation, l’algorithmisation de nos désirs, la monétisation de nos existences réduites à des clics. Défendre la culture comme bien commun, c’est refuser que nos imaginaires soient colonisés par la logique du profit maximal.
Ce sont toujours les mêmes qui paient le prix de la dérégulation : les travailleur·euses précaires de la culture, les communautés éloignées qui perdent leurs médias de proximité, les jeunes qui grandissent sans miroir identitaire ni récit critique. Pendant ce temps, les élites politiques nous servent des mantras creux sur l’innovation et la liberté d’entreprendre, pendant que les inégalités explosent et que notre démocratie s’étiole faute d’information indépendante. Cette décision du fédéral n’est pas qu’une erreur technique, c’est un choix idéologique violent : celui de sacrifier la justice sociale et culturelle sur l’autel de la complaisance corporative. Et ce choix a des conséquences tangibles, mesurables, dévastatrices.
Face à ce désastre annoncé, il ne reste qu’une voie : la résistance collective et combative. Syndicaliser les travailleur·euses de la culture, boycotter les plateformes toxiques, financer directement les médias indépendants, occuper l’espace public avec nos récits et nos revendications. Exiger que l’État reprenne son rôle de garant du bien commun, par la taxation agressive des géants du Web, la nationalisation des infrastructures numériques, le réinvestissement massif dans la création locale. Parce que tant que nous laisserons les Lightbound de ce monde dépecer notre souveraineté culturelle, nous perdrons non seulement nos artistes et nos voix critiques, mais aussi notre capacité même à imaginer un autre monde. Et ça, aucun algorithme ne pourra nous le rendre.





