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Renforcement de la laïcité: une critique de Noémie

Il y a des moments où les mots choisis pour dire la « neutralité » résonnent étrangement comme des instruments de contrôle. Le projet de loi 9, récemment dévoilé par le gouvernement Legault, prétend « renforcer la laïcité » — mais de quoi parle-t-on réellement? Derrière les mots feutrés du politique, on discerne une volonté persistante de s’immiscer dans les choix vestimentaires et spirituels des individus, principalement des femmes. Sous couvert d’un idéal d’universalité, on refile à la population une version normée, quasi hygiéniste, de la sphère publique, la dépouillant de toute altérité visible.

On retrouve ici une vieille obsession québécoise : l’éradication des signes religieux comme si ceux-ci entachaient la modernité. La laïcité s’apparente de plus en plus à une hygiène morale imposée, notamment aux employés de l’État. Ce ne sont pas juste des symboles qu’on veut voir disparaître, mais des corps récalcitrants, trop voyants, trop « autres ». L’uniformisation n’est jamais une entreprise neutre; elle a toujours un angle mort, un cœur inavoué — celui d’établir une norme sociale implicite à laquelle certains pourront se conformer sans effort, alors que d’autres devront s’effacer.

La démocratie réelle s’accommode pourtant fort bien des différences de foi, de genre, de convictions. Elle ne suppose pas l’invisibilité des pratiques privées dans l’espace public, mais leur articulation apaisée. Il est ironique, pour ne pas dire tragique, que sous prétexte de protéger la liberté et l’égalité, on en vienne à légiférer sur des tissus, des objets, des silhouettes. Jusqu’où ira-t-on dans cette quête de pureté civique? Où place-t-on la limite entre laïcité bienveillante et zèle idéologique?

On aimerait croire que la société québécoise a retenu les leçons du cléricalisme sévère d’antan, de l’uniformisation catholique jadis imposée au nom du Bien. Mais ce projet de loi sonne étrangement comme un écho inversé de cette époque : même dynamique d’exclusion, même promesse d’un futur purifié. Ce qu’on gagne parfois en unité apparente, on le perd en liberté vécue. Il ne suffit pas d’enrober le tout d’un vocabulaire républicain pour masquer le fond disciplinaire de la démarche.

Il serait temps de redéfinir la laïcité non pas comme un filtre imposé à chacun pour épurer le vivre-ensemble, mais comme un cadre hospitalier permettant une coexistence respectueuse. Réhabiliter la diversité dans la sphère publique, non comme une menace mais comme une chance. Car ce n’est pas l’homogénéité qui garantit la paix sociale, mais la reconnaissance de l’autre comme légitime et présent. Une laïcité forte n’a rien à craindre des signes — elle n’existe que si elle tolère les visages multiples d’une société libre.

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