Alexandre_Fortier_2026-07-28_stabilisation_du_marche

Stabilisation du marché du travail : qui en profite vraiment ?

Les données de Statistique Canada pour le deuxième trimestre de 2026 annoncent une stabilisation du marché du travail canadien, avec un taux de chômage qui oscille autour de 6,2 % et une croissance nette d’environ 45 000 emplois. À première vue, ces chiffres semblent rassurants. Pourtant, derrière cette apparente accalmie se cachent des réalités contrastées qui méritent d’être décortiquées avec rigueur. La stabilisation n’est pas synonyme de prospérité partagée, et les indicateurs globaux masquent souvent des fractures profondes entre secteurs, régions et groupes sociaux.

Lorsqu’on examine la composition de ces nouveaux emplois, un constat s’impose : la qualité n’est pas au rendez-vous. Près de 60 % des postes créés au cours du trimestre sont à temps partiel, et parmi eux, une proportion importante est occupée par des travailleurs qui souhaiteraient pourtant un emploi à temps plein. Le temps partiel involontaire touche désormais plus de 900 000 Canadiens, un niveau qui demeure élevé malgré la soi-disant reprise. Parallèlement, les contrats temporaires et les emplois précaires continuent de progresser, particulièrement dans les services, l’hôtellerie et le commerce de détail, des secteurs où les salaires stagnent et où les avantages sociaux sont quasi inexistants.

Les disparités sectorielles et démographiques révèlent aussi que cette stabilisation profite inégalement. Les travailleurs des secteurs technologiques et financiers continuent de bénéficier de hausses salariales et de conditions de travail enviables, tandis que les jeunes, les immigrants récents et les travailleurs racisés demeurent surreprésentés dans les emplois précaires. Les femmes, particulièrement les mères monoparentales, subissent de plein fouet cette tendance au temps partiel contraint. Résultat : même si le taux d’emploi global se stabilise, les inégalités de revenus se creusent, et le pouvoir d’achat de nombreux ménages continue de s’éroder sous l’effet d’une inflation persistante et de salaires qui ne suivent pas.

Cette précarité croissante a des conséquences directes sur la capacité des ménages à joindre les deux bouts. Selon les données de l’Institut de recherche en politiques publiques, le taux d’endettement des ménages canadiens a atteint un nouveau sommet au premier semestre 2026, en partie à cause de la multiplication des emplois mal rémunérés qui ne permettent plus de couvrir les dépenses essentielles. La stabilisation du marché du travail ne se traduit donc pas par une amélioration tangible de la qualité de vie pour une portion significative de la population active. Au contraire, elle perpétue un modèle de croissance économique qui favorise les emplois à faible valeur ajoutée et à faible sécurité.

Face à cette réalité, les politiques publiques doivent impérativement évoluer. Il ne suffit plus de célébrer la création d’emplois en nombre, il faut s’attaquer à leur qualité. Cela passe par un renforcement des normes du travail, l’augmentation du salaire minimum indexé au coût de la vie, et l’instauration de mécanismes contraignants pour favoriser l’accès aux avantages sociaux pour tous les travailleurs, y compris ceux à statut précaire. Les gouvernements provinciaux et fédéral doivent aussi investir massivement dans la formation et la requalification pour permettre aux travailleurs de migrer vers des secteurs mieux rémunérés et plus stables. La stabilisation actuelle du marché du travail ne sera durable et bénéfique que si elle s’accompagne d’une véritable amélioration des conditions d’emploi pour l’ensemble de la population active.

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