Camille_Dufresne_2026-08-23_tarifs_de_trump

Tarifs douaniers de Trump : l’emploi québécois en danger

Les tarifs douaniers de 50 % imposés par Washington ne tombent pas sur les conseils d’administration climatisés de Montréal ou Toronto. Ils s’abattent comme une masse sur les planchers d’usine de Bécancour, les scieries du Lac-Saint-Jean, les ateliers d’aluminium de Saguenay et les entrepôts de camionnage de l’Est. Pendant que Québec annonce une aide aux entreprises touchées, personne ne garantit que cet argent public servira d’abord à protéger les emplois, les salaires et les conditions de travail. Sans conditions claires — maintien des postes, respect des conventions collectives, formation, participation syndicale —, cette aide risque de devenir un simple coussin financier pour amortir les pertes comptables, pendant que les heures sont coupées et les travailleurs mis à pied.

Les secteurs les plus exposés portent des noms familiers: bois d’œuvre, aluminium, acier, automobile, transformation alimentaire. Ces industries emploient des dizaines de milliers de personnes dans des régions où l’usine est souvent le cœur économique du territoire. Chaque point de tarif se traduit directement en commandes annulées, en investissements gelés, en quarts de nuit supprimés. Ce ne sont pas des chiffres abstraits: ce sont des familles qui perdent leur revenu, des municipalités qui voient leur assiette fiscale fondre, des jeunes qui quittent leur région faute d’avenir. Quand une scierie ferme à Amos ou qu’un sous-traitant automobile coupe ses effectifs à Granby, c’est tout un écosystème local qui s’effondre.

Le gouvernement du Québec promet d’aider les entreprises, mais où sont les balises? Où sont les exigences de transparence sur l’utilisation des fonds publics? L’histoire récente nous a appris que l’argent distribué sans condition finit trop souvent dans les poches des actionnaires ou sert à financer des restructurations qui éliminent les emplois. Une politique industrielle digne de ce nom doit d’abord protéger les gens, pas les bilans trimestriels. Cela signifie imposer des clauses de maintien d’emploi, garantir les salaires pendant les périodes creuses, financer la formation pour diversifier les compétences, et donner un vrai pouvoir de décision aux syndicats et aux travailleur·ses sur l’avenir de leur milieu de travail.

Ce qui se joue ici dépasse la simple question commerciale. C’est un test politique: est-ce que l’État québécois va choisir de protéger le capital ou le travail? Est-ce qu’on va continuer à socialiser les pertes tout en privatisant les profits, ou est-ce qu’on va enfin conditionner l’aide publique à des engagements sociaux concrets? Les tarifs de Trump sont une agression économique, certes, mais ils révèlent aussi la fragilité d’un modèle industriel orienté vers l’exportation à bas coût, dépendant de chaînes continentales où les travailleur·ses n’ont aucun pouvoir. C’est le moment de repenser notre économie, de relocaliser, de démocratiser la propriété et la gestion des entreprises.

Les travailleur·ses du bois, de l’acier, de l’aluminium et de l’automobile ne demandent pas la charité: ils et elles exigent que leur dignité, leur expertise et leur avenir soient au centre des décisions. Si Québec veut vraiment aider, qu’il commence par écouter les syndicats, par imposer des conditions strictes à chaque dollar versé, et par construire une politique industrielle qui place l’emploi, la justice sociale et la transition écologique avant les marges de profit. Sinon, cette aide ne sera qu’un chèque en blanc offert aux mêmes qui, demain, fermeront boutique sans remords.

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