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Radicalisation juvénile : prévenir d’abord pour protéger

Un adolescent montréalais a été arrêté cette semaine pour avoir planifié une attaque dans une école. Les autorités policières se félicitent d’avoir déjoué le pire, et c’est vrai : chaque vie sauvée compte. Mais derrière le soulagement médiatique se cache une question brûlante qu’on refuse encore de poser frontalement : comment en arrive-t-on là ? Combien de signaux d’alarme ont été ignorés, combien d’adultes ont détourné le regard, combien d’algorithmes ont nourri la haine avant qu’un jeune en vienne à vouloir tuer ses pairs ? La répression policière ne peut pas être notre seule réponse à la radicalisation juvénile. Elle arrive trop tard, quand le mal est déjà fait dans la tête d’un enfant.

Les écoles québécoises sont en sous-financement chronique, les psychologues scolaires débordés, les travailleurs sociaux absents ou surchargés. Dans ce désert de soutien, des adolescents en détresse trouvent refuge sur des forums en ligne où la violence devient spectacle, communauté, identité. Les discours misogynes, racistes, conspirationnistes prolifèrent sans régulation sérieuse, et les jeunes vulnérables s’y engloutissent. Pendant ce temps, nos gouvernements investissent des millions en surveillance et en unités antiterroristes, mais des miettes en prévention communautaire. On préfère criminaliser la souffrance plutôt que de s’attaquer aux causes systémiques : isolement social, crise de santé mentale, absence d’espaces sécuritaires pour exprimer la colère et la confusion adolescente.

Les spécialistes de la radicalisation le répètent : la désaffiliation précède la violence. Un jeune qui bascule dans l’extrémisme a souvent perdu tout lien significatif avec son milieu, sa famille, ses pairs. Il cherche du sens, de la reconnaissance, un sentiment d’appartenance que la société lui refuse. Les plateformes numériques exploitent cette faille avec une efficacité redoutable, offrant des récits simplistes, manichéens, où la haine devient héroïsme. Pourtant, au Québec, il n’existe aucun programme universel de littératie numérique critique dans les écoles, aucun dispositif de détection précoce systématique, aucune équipe mobile d’intervention psychosociale dédiée aux jeunes en voie de radicalisation.

Des intervenants jeunesse sur le terrain, des organismes communautaires qui travaillent avec des ados marginalisés, sonnent l’alarme depuis des années. Ils voient les fissures, ils entendent les discours troublants, ils détectent les changements de comportement. Mais ils manquent de ressources, de formations spécialisées, de canaux de communication avec les autorités scolaires et policières. La prévention efficace exige une approche coordonnée, multisectorielle, ancrée dans la confiance et la proximité. Elle exige aussi qu’on cesse de pathologiser ou de diaboliser les jeunes en difficulté pour plutôt leur offrir des espaces d’écoute, de dialogue, de réparation. La punition seule ne guérit rien, elle enterre le problème.

Il est temps d’exiger un plan public de prévention de la radicalisation juvénile, financé adéquatement, piloté par des expert·es en santé mentale, en travail social et en éducation populaire. Il faut réglementer les plateformes numériques qui lucrent sur la haine et l’algorithme de l’outrage. Il faut former les enseignant·es, les parents, les intervenant·es communautaires à reconnaître les signaux d’alerte sans stigmatiser. Et surtout, il faut redonner aux jeunes des raisons d’espérer : un avenir climatique viable, un logement abordable, un marché du travail décent, une place dans la société. Parce qu’au fond, un adolescent qui planifie une tuerie est un adolescent qui a perdu toute foi en demain. Et ça, c’est notre échec collectif.

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