Camille_Dufresne_2026-08-21_prevenir_la_violence_ou_compter_les_mortes

Prévention de la violence : investir avant les féminicides

Encore une minute de silence. Encore des condoléances officielles. Encore un féminicide qui aurait pu être évité si l’État avait choisi d’investir dans la prévention plutôt que dans les sirènes de police après coup. La violence masculiniste tue, et notre système continue de traiter les signaux d’alerte comme des « chicanes de couple », des affaires privées qu’on préfère ignorer jusqu’à ce que le sang coule. Pendant ce temps, les budgets pour les maisons d’hébergement stagnent, les formations pour policiers restent optionnelles, et les discours politiques se limitent à des promesses creuses prononcées devant des cercueils.

La prévention, ce parent pauvre de la sécurité publique, demeure sacrifiée sur l’autel de la réaction. On finance des escouades tactiques, des prisons, des procès coûteux, mais on refuse d’embaucher des intervenants sociaux, de former adéquatement les juges et les forces de l’ordre, de créer des mécanismes de coordination entre les services de protection. L’hypocrisie est flagrante : l’État prétend protéger les femmes tout en sabrant dans les organismes communautaires qui font le vrai travail de première ligne. Résultat? Les femmes en danger doivent naviguer seules dans un labyrinthe bureaucratique pendant que leurs agresseurs demeurent libres.

Ce n’est pas seulement une question de volonté politique, c’est une question de vision. Tant que nos gouvernements considéreront la violence genrée comme un problème individuel plutôt que systémique, ils continueront d’investir dans la répression post-mortem plutôt que dans la transformation sociale. Pourtant, toutes les études le démontrent : chaque dollar investi en prévention sauve des vies et coûte infiniment moins cher que la gestion des crises. Mais voilà, prévenir demande du courage, de la planification à long terme, et une remise en question des structures patriarcales qui maintiennent cette violence.

La formation des acteurs institutionnels n’est pas un luxe, c’est une composante essentielle de la sécurité collective. Combien de policiers ont minimisé des plaintes avant un meurtre? Combien de juges ont accordé des droits de visite à des hommes violents? Combien d’intervenants n’ont pas su reconnaître l’escalade de la violence faute de formation adéquate? La chaîne de prévention se brise à chaque maillon négligé, et ce sont toujours les mêmes qui paient le prix de cette négligence. L’ignorance institutionnelle tue autant que les coups.

Il est temps de traiter la prévention de la violence masculiniste comme l’urgence nationale qu’elle représente. Cela signifie financer massivement les refuges, rendre obligatoire la formation continue des policiers et magistrats, créer des équipes d’intervention coordonnées, et surtout, arrêter de reléguer les féminicides au rang de faits divers. Chaque vie perdue est un échec collectif, un témoignage de notre refus d’agir avant la catastrophe. La vraie sécurité ne se mesure pas au nombre d’arrestations après les drames, mais au nombre de drames qu’on a su empêcher. Et pour ça, il faut choisir : investir maintenant ou continuer à compter les mortes.

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