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Sécurité routière à l’avenue du Parc : treize morts de trop

Treize personnes ont perdu la vie sur l’avenue du Parc en treize ans. Treize. Pas dans une catastrophe naturelle, pas dans un accident d’avion. Sur une artère urbaine que des milliers de Montréalais·es traversent chaque jour pour aller travailler, étudier, vivre. Treize corps sacrifiés sur l’autel de la vitesse automobile, treize familles brisées parce qu’on a décidé, collectivement, que fluidifier le trafic valait plus cher que protéger les piétons, les cyclistes, les enfants, les aîné·es. Cette comptabilité macabre n’est pas une fatalité : c’est le résultat d’un choix politique, celui de concevoir nos rues comme des autoroutes urbaines plutôt que comme des espaces de vie partagés.

Les victimes de l’avenue du Parc ne sont pas mortes par malchance. Elles ont été tuées par un aménagement urbain qui priorise systématiquement la mobilité des automobilistes au détriment de la sécurité des usager·ères vulnérables. Pas de pistes cyclables protégées, des traverses piétonnes mal éclairées, des feux trop courts pour que les personnes âgées ou à mobilité réduite puissent traverser en toute sécurité, des voies larges qui invitent à la vitesse. Pendant que les politicien·nes promettent depuis des années d’étudier, de réfléchir, de consulter, les gens continuent de mourir. L’inaction n’est jamais neutre : elle protège toujours les privilégiés, ceux et celles qui se déplacent en char, enfermé·es dans leur bulle de métal, pendant que les autres risquent leur peau à chaque coin de rue.

Parler de sécurité routière, c’est parler de justice sociale. Qui meurt sur nos routes? Les piétons, les cyclistes, les usagers du transport en commun. Qui décide de l’aménagement de nos rues? Des élu·es qui, trop souvent, circulent en voiture avec chauffeur. L’espace public n’appartient pas qu’aux automobilistes : il devrait être accessible à tou·tes, peu importe l’âge, le revenu, les capacités physiques. Mais tant qu’on continuera de penser les artères urbaines comme des corridors de transit plutôt que comme des lieux de vie, on reproduira cette violence structurelle qui écrase littéralement les plus vulnérables. Réaménager l’avenue du Parc, ce n’est pas juste une question d’urbanisme : c’est un enjeu de redistribution du pouvoir dans l’espace urbain.

La Ville savait. Elle savait que l’avenue du Parc était dangereuse, elle possédait les données, les rapports d’experts, les pétitions citoyennes. Et malgré tout, elle a attendu. Attendu quoi, exactement? Le quatorzième mort? Le quinzième? Cette lenteur bureaucratique est obscène. Quand une infrastructure menace la vie des gens, on ne mandate pas une énième consultation : on agit. Mais voilà, toucher à la sacro-sainte fluidité automobile, c’est s’attirer les foudres d’une minorité bruyante qui considère que son droit de rouler à 60 km/h en ville vaut plus que le droit de vivre des autres. Le courage politique, ce serait de choisir clairement son camp : celui des vivant·es, pas celui du char-roi.

Les solutions existent et elles ne sont pas compliquées. Réduire les limites de vitesse à 30 km/h, élargir les trottoirs, installer des saillies de trottoir aux intersections, créer de vraies pistes cyclables protégées, synchroniser les feux pour donner la priorité aux piétons, planter des arbres pour calmer le trafic. Rien de révolutionnaire, juste du gros bon sens urbain appliqué partout ailleurs dans le monde. Comme le répète l’organisme Piétons Québec : « Une rue sécuritaire, c’est une rue où on accepte que les voitures ralentissent. » Nos villes ne peuvent plus être des machines à tuer au service de la vitesse. L’avenue du Parc doit devenir un laboratoire de reconquête de l’espace public, une artère où les enfants peuvent marcher sans que leurs parents retiennent leur souffle à chaque intersection. Treize morts, c’est treize de trop. Le réaménagement n’est pas une option : c’est une dette de vie que la Ville doit enfin rembourser.

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