AlexandreFortier_2026-06-13_batteries_et_argent_public

Filière batterie au Québec : milliards publics à risque

On nous vend la filière batterie comme le grand virage vert du Québec, mais derrière les communiqués triomphants de la CAQ se cache une vérité beaucoup plus crue : des milliards de fonds publics lancés à la va-vite, sans cadre stratégique solide, sur des projets industriels dont personne ne peut garantir la viabilité. Investissement Québec affiche un rendement rachitique de 2,6 % sur son portefeuille, pendant que le gouvernement Legault multiplie les chèques en blanc à des multinationales qui n’ont jamais promis de rester. Ce n’est pas de la vision économique, c’est de la roulette russe avec l’épargne collective.

Les montants en jeu donnent le vertige : subventions géantes, prêts à taux préférentiels, garanties de l’État qui engagent des générations entières de contribuables. Mais combien exactement ? Quels critères de rentabilité sociale et environnementale ont été appliqués avant de signer ? Les réponses restent floues, noyées dans le jargon technocratique et les promesses d’emplois qui tardent à se matérialiser. Pendant ce temps, des organismes communautaires qui luttent contre la crise du logement ou pour la transition écologique à la base se battent pour des miettes budgétaires. La hiérarchie des priorités du gouvernement caquiste pue l’hypocrisie.

Investissement Québec n’est pas censé être un casino d’État : son mandat consiste à soutenir le développement économique avec un minimum de rigueur et de retour pour la collectivité. Un rendement de 2,6 %, c’est moins que l’inflation, moins qu’un placement obligataire standard. Autrement dit, on perd de l’argent en termes réels tout en prenant des risques colossaux. Ce n’est pas un simple accident de parcours : c’est le symptôme d’une gestion idéologique qui privilégie les annonces tape-à-l’œil aux analyses sérieuses. Quand on confond vitesse médiatique et stratégie industrielle, ce sont toujours les mêmes qui paient la facture.

Distinguons les choses clairement : tout projet industriel comporte des risques, et personne ne demande une boule de cristal. Mais il y a une différence fondamentale entre prendre un risque calculé dans le cadre d’une planification rigoureuse et jeter de l’argent public sur des paris hasardeux pour faire plaisir aux lobbys ou marquer des points politiques. Les rapports d’experts sonnent l’alarme, les précipitations décisionnelles sont documentées, les garanties de transparence brillent par leur absence. Ce n’est pas de la malchance, c’est de la faute de gestion assumée, camouflée sous le vocabulaire de l’audace entrepreneuriale.

La population québécoise mérite mieux qu’un gouvernement de comptables myopes qui confond développement durable et clientélisme industriel. Avant d’engager des milliards supplémentaires, exigeons des critères minimaux : études d’impact indépendantes, obligations contractuelles de création d’emplois vérifiables, clauses environnementales contraignantes, mécanismes de reddition de comptes publics. La transition énergétique ne se fera pas en bradant notre autonomie financière aux géants de la batterie qui partiront dès que les subventions tariront. Il est encore temps de reprendre le contrôle sur notre avenir collectif, mais ça exige du courage politique — une denrée visiblement en rupture de stock à Québec.

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