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Coût de l’automobile à Montréal : le fardeau caché

Quand on additionne tous les postes budgétaires liés à la possession d’une voiture à Montréal, on réalise rapidement que le véritable coût dépasse largement ce que la plupart des ménages anticipent. Entre l’essence qui fluctue au gré des tensions géopolitiques, les assurances qui grimpent année après année, l’entretien mécanique, les pneus d’hiver obligatoires, le stationnement et surtout la dépréciation du véhicule, un ménage montréalais type débourse facilement entre 8 000 $ et 12 000 $ annuellement. Cette réalité budgétaire, souvent sous-estimée au moment de l’achat, pèse lourdement sur le revenu disponible des familles, particulièrement celles aux revenus modestes qui consacrent jusqu’à 20 % de leurs revenus à leur véhicule.

L’iniquité de cette dépense devient criante lorsqu’on examine sa distribution selon les tranches de revenus. Pour un ménage gagnant 45 000 $ par année, maintenir une voiture représente une ponction considérable qui limite drastiquement les choix en matière d’alimentation, de logement ou d’épargne. À l’inverse, pour un ménage à 120 000 $, la même dépense automobile demeure gérable. Cette dynamique crée une forme de trappe à pauvreté: ceux qui auraient le plus besoin d’alternatives abordables se retrouvent prisonniers d’un mode de transport coûteux, souvent parce que l’offre en transport collectif dans leur secteur demeure insuffisante ou peu fiable.

Au-delà du strict budget familial, il faut aussi comptabiliser le temps perdu dans les déplacements automobiles. Les études montrent que le travailleur montréalais moyen passe environ 50 minutes par jour dans sa voiture pour ses trajets domicile-travail. Ce temps, où l’on ne produit rien et ne se repose pas vraiment, constitue une perte économique invisible mais réelle. Si l’on valorise ce temps au salaire horaire médian, on ajoute facilement 3 000 $ à 4 000 $ supplémentaires au coût réel de la possession automobile, sans compter le stress et la fatigue qui affectent la productivité et le bien-être.

Une offre bonifiée de transport collectif changerait fondamentalement cette équation économique. Un abonnement mensuel à la STM coûte environ 1 000 $ annuellement, soit dix fois moins qu’une voiture. Pour les ménages qui pourraient se passer d’un véhicule ou opter pour une formule à une seule voiture au lieu de deux, l’économie potentielle libérerait entre 5 000 $ et 10 000 $ de pouvoir d’achat par année. Cet argent pourrait être réinvesti dans l’économie locale, dans l’éducation des enfants ou dans la constitution d’une épargne d’urgence, améliorant ainsi la résilience financière des familles.

Finalement, la question de la mobilité dépasse la simple convenance personnelle: elle conditionne directement l’accès au marché du travail et la participation économique. Les coûts privés élevés de l’automobile se doublent de coûts publics considérables: construction et entretien du réseau routier, congestion qui gruge la productivité collective, pollution atmosphérique responsable de centaines de décès prématurés annuellement selon les études de santé publique, et dépenses de santé associées. Une politique de transport qui faciliterait l’accès au transport collectif ne constituerait pas une dépense, mais un investissement rentable socialement et économiquement, réduisant simultanément la pression sur les budgets familiaux et les finances publiques.

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