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Mobilité durable : repenser la ville au-delà de l’électrique

Une récente étude sur la santé publique montréalaise rappelle une réalité que les données confirment depuis des années : la réduction des émissions liées au transport peut prévenir des centaines de décès prématurés chaque année. Mais attention aux raccourcis. Si l’électrification des véhicules constitue un progrès indéniable sur le plan des émissions de gaz à effet de serre et de certains polluants atmosphériques, elle ne résout qu’une partie de l’équation. La congestion routière, l’occupation massive de l’espace urbain par les automobiles et les inégalités d’accès à la mobilité demeurent pratiquement intactes, peu importe le type de moteur sous le capot.

Comparons froidement deux scénarios. D’un côté, une ville où toutes les voitures deviennent électriques : les émissions directes de CO2 et de particules fines diminuent, certes, mais les embouteillages persistent, les stationnements monopolisent toujours des milliers de mètres carrés, et les accidents de la route continuent de faire des victimes. De l’autre, une ville qui investit massivement dans le transport collectif, les pistes cyclables sécurisées et les quartiers marchables : non seulement les émissions chutent davantage grâce à la réduction du nombre de véhicules en circulation, mais la qualité de vie s’améliore globalement. Les gains en santé publique, en sécurité routière et en cohésion sociale sont mesurables et durables.

L’aménagement du territoire devient alors la clé de voûte d’une véritable transition écologique. Densifier les quartiers près des stations de métro, mixer les fonctions résidentielles et commerciales, limiter l’étalement urbain : ces décisions structurelles réduisent le besoin même de posséder une voiture. Les études internationales le démontrent : les villes compactes et bien desservies par le transport en commun affichent des taux d’émissions par habitant significativement inférieurs à ceux des banlieues dépendantes de l’automobile. L’électrification sans réaménagement urbain, c’est traiter le symptôme sans s’attaquer à la cause.

Les bénéfices d’une approche intégrée vont bien au-delà de la seule réduction des émissions. La diminution du trafic automobile améliore la qualité de l’air, réduit le bruit urbain – un facteur de stress chronique souvent sous-estimé – et libère de l’espace pour des parcs, des terrasses et des infrastructures communautaires. La sécurité routière s’améliore mécaniquement lorsque moins de voitures circulent à haute vitesse dans les quartiers résidentiels. Et surtout, l’accès à la mobilité devient plus équitable : une personne à faible revenu n’a pas les moyens de s’offrir une Tesla, mais peut facilement utiliser un réseau de transport collectif abordable et efficace.

Nuançons toutefois le propos : il ne s’agit pas d’opposer bêtement voiture électrique et transport en commun. La transition doit être multidimensionnelle, combinant innovation technologique, investissements publics massifs dans les infrastructures collectives et, oui, des changements culturels dans nos habitudes de déplacement. Les données sont claires : les politiques les plus efficaces sont celles qui agissent simultanément sur l’offre de transport durable, la réglementation de l’usage de la voiture et l’aménagement urbain. C’est cette approche systémique, mesurable et fondée sur des résultats de santé publique, que Montréal doit adopter si elle veut véritablement sauver des vies et améliorer la qualité de vie de tous ses citoyens.

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